Le Pleurer-Rire – Henri Lopes | Roman classique africain

L’esthétique de la résistance et la déconstruction du pouvoir dans Le Pleurer-Rire de Henri Lopes

Le paysage littéraire africain a connu en 1982 un tournant décisif lorsque Henri Lopes publia son roman Le Pleurer-Rire, une œuvre qui remet en question de manière radicale les conventions du roman africain. À une époque marquée par la désillusion des premières décennies post-indépendance, Lopes a créé un panorama sans concession de la misère postcoloniale qui dépasse largement la simple dénonciation politique. Publié chez Présence Africaine, ce livre est aujourd'hui considéré comme un classique de la littérature africaine moderne. Il se distingue par une réflexion approfondie sur la nature du pouvoir, la corruption du langage et la fragilité de l'identité. L’analyse du roman exige une approche multidimensionnelle prenant en compte la carrière politique de l’auteur, les réalités sociolinguistiques du Bassin du Congo et la réception universitaire sur le continent africain.

Livre Le pleurer-rire | Henri Lopes

Henri Lopes : une double identité entre État et écriture

Pour saisir toute la profondeur de Le Pleurer-Rire, il est essentiel de s’intéresser à la vie de Henri Lopes. Né en 1937 à Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa) et ayant grandi à Brazzaville et Bangui, Lopes incarne l’identité complexe d’un passeur culturel. Formé à la Sorbonne, il a mené une carrière politique majeure au Congo-Brazzaville, ce qui lui offre une perspective unique. Ancien ministre de l’Éducation, ministre des Affaires étrangères, puis Premier ministre (1973–1975), il possédait une connaissance intime des rouages du pouvoir, auxquels il soumet dans ses romans une dissection impitoyable. Lopes n’a pas été qu’un simple observateur de la politique : il a été acteur, vivant sur sa propre peau l’écart tragique entre les promesses idéalistes de l’indépendance et la réalité brutale d’un régime autocratique.

Cette imbrication de la pratique politique et de la création littéraire a amené Lopes à considérer l’écriture comme un espace de liberté politique. Durant ses dernières années, notamment à l’UNESCO et comme ambassadeur en France, il aiguise cette réflexion sur le métissage : l’héritage culturel et biologique d’une modernité africaine, éternellement tiraillée entre tradition et mondialisation. Son œuvre littéraire, de Tribaliques à ses mémoires Il est déjà demain, est une exploration continue de l’âme africaine

Étapes de la vie et fonctions politiques de Henri Lopes Importance pour l’œuvre littéraire
Lieu de naissance: Léopoldville (1937) Base pour le thème du métissage et du franchissement des frontières dans le Bassin du Congo.
Études à la Sorbonne (Paris) Acquisition de techniques littéraires occidentales et de la théorie critique.
Ministre de l’Éducation du Congo Fondement des thèmes pédagogiques dans des ouvrages comme Sans tam-tam.
Premier ministre (1973–1975) Accès direct aux mécanismes des réunions ministérielles et aux intrigues d’État.
Directeur général adjoint de l’UNESCO Perspective globale sur la culture et le dialogue interculturel.
Ambassadeur en France (1998–2016) Réflexion sur la diplomatie, l’exil et le rôle de l’intellectuel.

     

L’anatomie du despotisme : Hannibal-Ideloy Bwakamabé Na Sakkadé

Au centre du roman se trouve la figure monumentale et grotesque du maréchal Hannibal-Ideloy Bwakamabé Na Sakkadé, surnommé « Tonton ». Il incarne le dictateur postcolonial, ancien sous-officier de l’armée coloniale ayant accédé au pouvoir par un coup d’État contre son prédécesseur Polepole. L'analyse de Bwakamabé par les sources africaines révèle que Lopes n’a pas créé un simple méchant, mais un archétype de la pathologie politique africaine.

La manipulation de la tradition comme instrument de pouvoir

Bwakamabé instrumentalise les traditions africaines afin de préserver sa domination autoritaire. En s’appropriant le titre de « Tonton » (Oncle), il insinue une forme de parenté avec le peuple, faisant passer toute critique pour une désobéissance envers le chef de famille. Il brouille ainsi la frontière entre hiérarchie familiale privée et direction publique, instaurant un système où la participation démocratique cède la place à l’arbitraire paternel. Des critiques africains voient là une stratégie appuyée sur des réalités culturelles « rétrogrades », instrumentalisées pour maintenir la population dans l’infantilisation.

La représentation de la décadence physique et morale

Lopes adopte une perspective narrative dévoilant le dictateur dans son intimité la plus crue et souvent vulgaire. Le témoignage du maître d’hôtel dévoile ses obsessions : la peur de perdre le pouvoir, sa folie religieuse — il croit tenir son pouvoir de Dieu — et sa libido débridée. Bwakamabé est représenté sous les traits d’un être hybride, perdant ses attributs humains pour céder à des instincts animaux, jusqu’à des allusions de cannibalisme en métaphore de la prédation du peuple. Cette matérialité désacralise le pouvoir : le « Guide Providence » apparaît in fine comme un homme vulnérable et complexe.

Les mécanismes de la répression

Bwakamabé règne dans une atmosphère de terreur, d’espionnage et de « politique du ventre ». Tandis que l’élite s’empiffre de luxe, les fonctionnaires attendent des mois leurs salaires et le peuple s’en remet à la « Radio-Trottoir » (radio-couloir) pour s’informer. Toute forme d’opposition — qu’elle provienne de l’intellectuel François Tiya ou du coup militaire du capitaine Yabaka — est brutalement étouffée. La répression vise aussi l’éducation, comme l'illustre l’arrestation de professeurs au Camp Alpha Yaya.

L’architecture narrative : Polyphonie et pouvoir du signe

Le Pleurer-Rire se distingue par une structure narrative complexe et fragmentée, sapant le récit monolithique du pouvoir. Lopes emploie une technique polyphonique — plusieurs voix et genres textuels s’enchevêtrent pour offrir une vue exhaustive de la réalité.

Le maître d’hôtel comme chroniqueur ambivalent

Le narrateur principal est un maître d’hôtel anonyme coopté pour sa filiation ethnique dans l’entourage du dictateur. Opportuniste intellectuel, il oscille entre admiration, peur et dégoût. Sa position lui permet d’être témoin direct, tout en reflétant la corruption du système par sa propre soumission. Pourtant, il détient paradoxalement le vrai pouvoir, étant maître de l’interprétation de l’histoire de Bwakamabé; il refuse au dictateur le droit d’écrire sa propre légende.

Le rôle de Soukali et la mise en abyme

À la fin du roman, Soukali, amante du maître d’hôtel, brise le quatrième mur. Dans sa lettre, elle interroge la frontière entre fiction et réalité, forçant le lecteur à reconsidérer toute la narration. Cet acte final est une mise en abyme : il rappelle que le roman est lui-même une construction — un « Pleurer-Rire » — reflétant et distanciant la tragédie par l’art.

Diversité typographique et structure en collage

Pour différencier les niveaux de récit, Lopes emploie :

  • Police ordinaire pour le maître d’hôtel.

  • Petits caractères et retraits pour les commentaires du « jeune compatriote ».

  • Italique pour les réflexions intimes et documents de haute teneur politique.

  • L’intégration d’articles factices et réels, de citations de la littérature mondiale, donnant au texte l’aspect d’un collage.

Cette forme fragmentée symbolise l’instabilité sociopolitique africaine. Elle rompt avec le réalisme linéaire des débuts de la prose africaine et fonde une esthétique du doute et de l’ironie.

Fonctions et voix narratives dans Le Pleurer-Rire Caractérisation de la voix Fonction dans l’ensemble
Le maître d’hôtel Soumis, observateur, opportuniste. Narrateur principal, éclaire l’intimité du pouvoir.
Le « jeune compatriote » Critique, provocateur, éditorial. Agit en correctif, commentaire métatextuel.
Soukali Émotive, émancipée, ancrée dans le réel. Brise la fiction, interroge les rôles de genre.
Tonton Bwakamabé Bruyant, français fautif, autoritaire. Caractérisé indirectement par ses discours et la moquerie du narrateur.
Documents (presse, lettres) Neutre à propagandiste.  Donnent au roman une profondeur pseudo-documentaire.

       

Décolonisation linguistique : Le français comme butin de guerre

L’une des contributions majeures de Lopes à la littérature africaine réside dans la « sabotage » délibérée du français académique. Dans Le Pleurer-Rire, la langue française n’est pas traitée comme un héritage sacré de la colonisation, mais comme une matière malléable, soumise aux réalités africaines.

L’esthétique du « Petit français d’Afrique »

Lopes opère ce que les critiques qualifient de « démantèlement » de la syntaxe française. Ce processus, souvent nommé « négrification », cherche à offrir un souffle nouveau au roman africain et à s’émanciper du mimétisme servile de l’ère coloniale. Le langage de la rue, des casernes et des marchés s’invite ainsi dans la littérature.

  • Spécificités syntaxiques : Lopes emploie l’ellipse du verbe, la répétition syntaxique et aligne des phrases sans conjonctions, évoquant ainsi le rythme de l’oralité bantu.
  • Jeu phonétique et sonore : Le texte rend audible la prononciation africaine, par exemple à travers les erreurs de comptage en français (« An, di, an ») ou les railleries autour de l’incapacité de Bwakamabé à prononcer certains phonèmes français, dévoilant ainsi son statut de pouvoir usurpé.

Innovations lexicales et interférences africaines

Lorsque le français ne parvient pas à exprimer la profondeur de l’expérience africaine, Lopes recourt à des néologismes et à des termes issus des langues locales.

  • L’exemple du « Litassa » : Ce mot est utilisé parce que le terme français pour pouvoir (« pouvoir ») est jugé insuffisant ; « Litassa » inclut autorité de commandement, intelligence de domination, pouvoir physique et même force surnaturelle.

  • Onomatopées : Des expressions comme « wollé, wollé », « mam’hé » ou le suffixe intensificateur récurrent « -là » (« Ce peuple-là ») soulignent le caractère subsaharien du texte et instaurent une ambiance authentique.

  • Tournures créatives : Des expressions telles que « Radio-Trottoir », « Le lit régulier » (l’épouse officielle) ou « Déchirer avec la langue » (calomnier) illustrent l’enrichissement du français par l’image et la logique africaines.

Cette révolte linguistique est un acte de libération culturelle. Lopes montre qu’on peut exprimer la réalité africaine de façon classique sans se soumettre à la norme coloniale.

Dynamiques de genre et strates sociales

La représentation des femmes dans Le Pleurer-Rire constitue un miroir douloureux d’une société profondément patriarcale et militarisée. Les femmes y sont souvent objets de plaisir, de désir ou de prestige pour le pouvoir. Madame Bwakamé symbolise ainsi la décadence et le vide moral du régime.

Mais Lopes va au-delà de cette simple dénonciation. Il aborde le combat pour l’émancipation, intrinsèquement lié à l’éducation. Les femmes — notamment Soukali — revendiquent leur droit au plaisir, à la liberté et à leur propre voix. Lopes insiste sur le fait que l’école et l’élévation intellectuelle restent la seule voie pour briser la tyrannie patriarcale. Ce regard féminin, souvent transmis par la lettre ou le monologue intérieur, fissure la domination masculine du discours politique.

La structure sociale du roman illustre par ailleurs une profonde fracture entre les « En haut de en haut » (l’élite) et le petit peuple, frappé par la précarité économique et l’instabilité politique. La jeunesse, bien que dotée d’une certaine culture et de capacités dialectiques, est souvent broyée par le système ou contrainte à l’opposition.

L’espace et le temps : la métaphore du « Pays »

Lopes choisit délibérément de ne pas situer géographiquement l’action. L’histoire se déroule dans le « Pays », un espace fictif aux traits reconnaissables des États d’Afrique centrale. Cette anonymisation du lieu universalisant la critique, Lopes suggère : « Que se sente interpellé quiconque se sent concerné ». Le « Pays » symbolise la perte de repères d’une société postcoloniale coincée entre les ruines de la tradition et les promesses non tenues de la modernité.

La temporalité du roman est fragmentée, à l’image de la narration. Le récit débute par un rêve — un procédé onirique annonçant un futur sombre, fait de violence et de répression. Ce temps cyclique ou stagnant reflète l’absence d’espoir : les changements politiques ne surviennent que par de nouveaux accès de violence (coup d’État) sans améliorer réellement la condition du peuple.

Le pouvoir de l’ironie : pleurer et rire

L’oxymore du titre Le Pleurer-Rire constitue tout le programme esthétique du roman. À l’instar du Mentir-vrai d’Aragon, il évoque l’impossibilité de supporter la tragédie africaine sans le recours salvateur à l’humour.

L’ironie comme tactique de survie

L’ironie sert à ridiculiser la langue « sérieuse » du pouvoir. L’« Avertissement » du début du livre, prétendument rédigé par une autorité de censure, en est l’exemple parfait. Cette autorité condamne l’ouvrage pour atteinte au bon goût et à la dignité nationale : Lopes anticipe l’absurdité totalitaire de la censure qu’il démasque au moyen de l’exagération.

Le paradoxe de la littérature postcoloniale

Pour la critique littéraire, la dialectique du tragique et du comique constitue l’essence de la littérature africaine du désenchantement. Le rire n’est pas un déni de la violence : c’est un outil de connaissance. Décrivant les absurdités quotidiennes d’une dictature, Lopes conduit les lectrices et lecteurs à remettre en cause les mécanismes du pouvoir et à utiliser la « contre-violence » du langage.

Héritage et réception en contexte africain

Le Pleurer-Rire a profondément marqué la littérature africaine et figure aujourd’hui parmi les « Top 10 » romans du continent. Son influence s’étend de la recherche universitaire aux programmes scolaires officiels.

Analyse universitaire en Afrique

Dans des universités telles que l’Université Marien Ngouabi à Brazzaville, l’Université Gaston Berger au Sénégal ou la University of Cape Coast au Ghana, le roman est une référence pour l’étude du postcolonialisme et de la structure narrative. Les chercheuses et chercheurs abordent l’œuvre sous divers angles :

  • Proxémie : La relation entre les personnages et l’espace, et l’impact sur leur identité.

  • Intertextualité : Les références aux classiques occidentaux, africanisées par Lopes à travers une sorte de « communisme littéraire » (le plagiat comme forme d’art).

  • Sémiotique du corps : Les formes physiques de l’incarnation du pouvoir et de la violence.

Le destin pédagogique au Congo

En République du Congo (Congo-Brazzaville), Le Pleurer-Rire a fait partie intégrante du programme du baccalauréat littéraire (Terminale Littéraire) pendant des décennies. Les élèves appréciaient ce roman pour sa proximité avec leur propre réalité et l’emploi du « Petit français d’Afrique », même si le traitement pédagogique restait souvent en deçà de celui des œuvres classiques de la littérature française. La récente décision du gouvernement congolais de remplacer l’ouvrage dans le programme scolaire par un roman de Henri Djombo marque la fin d’une ère, sans pour autant remettre en cause le statut de ce livre comme bien culturel national.

Perspectives universitaires sur Henri Lopes Sujet de recherche Université ou publication pertinente
La représentation du dictateur Comparaison entre Lopes, Sony Labou Tansi et Williams Sassine. Université de Ziguinchor (Sénégal)
Déconstruction linguistique Analyse de la « bâtardisation » du français. Revue Akofena (Côte d’Ivoire)
Le pouvoir du signe  Ironie et ruse comme outils de résistance à la violence politique. Gerflint / Afrique de l’Ouest
Tradition vs progressisme Manipulation des valeurs culturelles par les nouvelles élites. Altralang Journal (Algérie)
Démocratie et roman Le genre romanesque comme reflet des processus démocratiques. Université de Strasbourg / Anthony Mangeon

Conclusion : l’actualité intemporelle du Pleurer-Rire

Avec Le Pleurer-Rire, Henri Lopes a créé une œuvre qui va bien au-delà d’une simple satire des dictatures des années 1970. Il s’agit d’une profonde réflexion sur la nature humaine, la corruption des idéaux et la force libératrice du langage. Lopes invite le lecteur à supporter les contradictions de l'existence – à pleurer devant la misère tout en riant de l’absurdité de ceux qui prétendent décider du destin de millions de personnes.

Son héritage, après son décès en 2023, reste vivant : les problématiques qu’il a décrites — abus de pouvoir, corruption et quête d’une identité africaine authentique — conservent sur le continent une pertinence brûlante. Ce roman demeure une « grande école de l’excellence », nous rappelant que la plume est une arme puissante contre l’oubli et la tyrannie. Dans l’univers de Henri Lopes, la littérature n’est pas une tour d’ivoire mais un champ de bataille où s’affrontent les valeurs de liberté, de vérité et d’humanité.

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Foire aux questions (FAQ)
Qui était Henri Lopes et quel est son lien avec Le Pleurer-Rire ? +
Henri Lopes (1937-2023) était un écrivain et homme politique congolais qui a occupé les postes de ministre de l'Éducation, ministre des Affaires étrangères et Premier ministre du Congo-Brazzaville (1973-1975). Son roman Le Pleurer-Rire, publié en 1982 chez Présence Africaine, est considéré comme un classique de la littérature africaine moderne. L'œuvre s'appuie sur son expérience politique intime pour créer une satire impitoyable des dictatures postcoloniales africaines.
Que signifie le titre Le Pleurer-Rire ? +
Le titre Le Pleurer-Rire est un oxymore qui résume le programme esthétique du roman. Il évoque l'impossibilité de supporter la tragédie africaine postcoloniale sans recourir à l'humour salvateur. Cette dialectique du tragique et du comique constitue l'essence de la littérature africaine du désenchantement : le rire n'est pas un déni de la violence, mais un outil de connaissance et de résistance contre l'absurdité du pouvoir dictatorial.
Qui est le personnage principal de Le Pleurer-Rire ? +
Le personnage central est le maréchal Hannibal-Ideloy Bwakamabé Na Sakkadé, surnommé 'Tonton', un dictateur postcolonial grotesque. Ancien sous-officier de l'armée coloniale ayant pris le pouvoir par un coup d'État, il incarne l'archétype de la pathologie politique africaine. Le roman le dépeint dans son intimité la plus crue, révélant ses obsessions, sa folie religieuse, sa libido débridée et son recours à la terreur pour maintenir son pouvoir.
Quelle est la particularité de la structure narrative du Pleurer-Rire ? +
Le Pleurer-Rire utilise une structure polyphonique et fragmentée avec plusieurs voix narratives : le maître d'hôtel (narrateur principal et opportuniste), le 'jeune compatriote' (voix critique), Soukali (qui brise le quatrième mur), et des documents fictifs. Lopes emploie différentes typographies (police ordinaire, petits caractères, italique) pour distinguer les niveaux de récit, créant un effet de collage qui symbolise l'instabilité sociopolitique africaine.
Comment Henri Lopes traite-t-il la langue française dans Le Pleurer-Rire ? +
Lopes opère une 'décolonisation linguistique' en pratiquant le 'sabotage' délibéré du français académique. Il utilise l'esthétique du 'Petit français d'Afrique' avec des spécificités syntaxiques (ellipses, répétitions), des jeux phonétiques reproduisant la prononciation africaine, des néologismes comme 'Litassa' (pouvoir), et des expressions créatives comme 'Radio-Trottoir'. Cette révolte linguistique constitue un acte de libération culturelle, montrant qu'on peut exprimer la réalité africaine sans se soumettre à la norme coloniale.
Le Pleurer-Rire est-il encore étudié dans les écoles africaines ? +
Oui, Le Pleurer-Rire a longtemps fait partie intégrante du programme du baccalauréat littéraire au Congo-Brazzaville et reste une référence universitaire majeure. Le roman est étudié dans des universités comme l'Université Marien Ngouabi à Brazzaville, l'Université Gaston Berger au Sénégal, et la University of Cape Coast au Ghana. Il figure parmi les 'Top 10' romans du continent africain et est analysé sous divers angles : proxémie, intertextualité, sémiotique du corps, et déconstruction linguistique.
Quels sont les thèmes principaux abordés dans Le Pleurer-Rire ? +
Le Pleurer-Rire traite de multiples thèmes : la critique du despotisme postcolonial et de la corruption, la manipulation des traditions africaines comme instrument de pouvoir, la déconstruction du langage colonial, la violence politique et la répression intellectuelle, les dynamiques de genre dans une société patriarcale, la fragmentation de l'identité africaine entre tradition et modernité, et l'ironie comme tactique de survie face à l'absurdité du pouvoir autoritaire.
Où puis-je acheter Le Pleurer-Rire de Henri Lopes ? +
Le Pleurer-Rire de Henri Lopes, publié par Présence Africaine, est disponible chez King Jah, le spécialiste suisse de la littérature africaine. King Jah propose une large sélection de classiques incontournables de la littérature africaine et assure une expédition depuis la Suisse. Le livre fait partie de la collection des produits de la République démocratique du Congo et des classiques de la littérature africaine moderne.