💧 La femme qui devint la pluie | Mali
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L’humour africain est riche, profond et souvent très subtil.
Il joue avec l’ironie, les récits animaliers, les doubles sens et les retournements moraux, où le « simplet » se révèle souvent être le plus sage.
💧 La femme qui devint la pluie
Origine : Mali (Peuple Fulbe/Fulani)
Thème : Altruisme, lien avec la nature, cosmologie poétique.
Le récit suivant s’inspire des Fulbe/Fulani du Mali, un peuple de pasteur·e·s dont la vision du monde est profondément influencée par la nature, les saisons et la signification spirituelle de l’eau et de la pluie.
Au cœur de cette histoire : l’altruisme, la connexion à la nature et une cosmologie poétique où humain·e·s, éléments et forces invisibles sont intimement liés.
La fable
Pendant des mois, aucune pluie n’était venue visiter le village au bord de la savane. Les sols étaient craquelés, le bétail amaigri, les voix des enfants s’étaient faites plus discrètes. Durant cette période, une femme était devenue incontournable : elle partageait ses dernières réserves de mil avec les voisin·e·s, offrait de l’eau aux inconnu·e·s et veillait à ce qu’aucun enfant ne s’endorme le ventre vide.
Un matin, on remarqua que sa cour était vide. La porte était ouverte, sa jarre d’eau renversée, mais aucune trace d’elle. Personne ne l’avait vue emprunter le sentier, personne ne l’avait croisée au marché. On la chercha jusqu’au soir – dans les champs, au puits, le long des chemins du bétail – mais la femme resta introuvable.
Cette nuit-là, pour la première fois depuis longtemps, des nuages traversèrent le ciel. Le vent devint frais, apportant l’odeur de la terre mouillée avant même la première goutte. Puis le ciel s’ouvrit. La pluie tambourina sur les toits d’argile, remplit les points d’eau asséchés, rendit vie au bétail dans les pâturages. Les enfants dansaient dans la boue, les ancien·ne·s levaient les mains vers le ciel en murmurant des prières de gratitude.
Le lendemain matin, les ancien·ne·s se réunirent sous le grand arbre au centre du village. Longtemps ils gardèrent le silence, puis le doyen prit la parole :
« Cette femme a toujours donné, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’elle-même. La nuit où nous l’avons perdue, le ciel nous a envoyé la pluie. Elle s’est faite eau, afin que nous puissions survivre. »
Dès ce jour, les mères racontèrent à leurs enfants que la vraie richesse ne se mesure ni en calebasses ni en troupeaux, mais dans la volonté de se dévouer pour autrui. Et chaque fois que des nuages sombres s’amassaient au-dessus de la savane, le village se souvenait de la femme qui était devenue la pluie.
Morale de l’histoire
- La véritable générosité ne s’arrête pas aux limites de son propre confort ; elle se transforme en une force qui nourrit toutes et tous.
- Humain·e·s et nature ne sont pas séparé·e·s – qui donne sans attendre en retour fait partie d’un cycle plus vaste de vie, d’eau et de bénédiction.
- L’altruisme reste souvent invisible, mais dans les moments de plus grande détresse, il se révèle capable de « faire pleuvoir » sur le monde, au sens propre comme au figuré.
Liens
- Blog : Modjadji : La Reine de la Pluie des Balobedu – Matriarcat d’Afrique du Sud
- Mali – L’Empire historique de Tombouctou | Livres & accessoires du Mali
- Fable : La rhétorique de l’absence : silence stratégique, sagesse stoïque et l’art de la non-réaction dans un monde bruyant
- Fable : Le forgeron qui dompta les mots (Mali, Bambara)
- Fable : Le lièvre rusé des Mandé (Mali, Mandinka et Bambara)
L’humour africain, c’est…
… pas moqueur, mais sage
… pas sur les autres, mais sur soi-même
… pas seulement drôle, mais aussi instructif
Il combine rire, philosophie et morale – le rire est connaissance.
L’humour africain enseigne toujours deux fois :
👉🏽 Il nous fait rire – et réfléchir.
Même le plus petit personnage peut délivrer la plus grande leçon.
L’humour africain montre :
Même les animaux, les dieux et les rois ne sont pas à l’abri d’eux-mêmes –
et c’est là que réside sa force : il désarme par le rire, jamais par la moquerie.