Die Manden-Charta von Kouroukan Fouga - ältesten bekannten Verfassungen der Welt

La Charte du Manden de Kouroukan Fouga – l’une des plus anciennes constitutions connues au monde

📚 Ce que vous allez apprendre dans cet article

  • Ce qu’est la Charte du Mandén : Comment l’ordre constitutionnel proclamé à Kouroukan Fouga au XIIIᵉ siècle fonde l’Empire du Mali, pourquoi il est considéré comme l’une des plus anciennes « constitutions » du monde et comment l’UNESCO l’a reconnue en 2009 comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
  • Contexte historique & rôle de Soundiata Keïta : Comment l’effondrement de Wagadou/Ghana, l’hégémonie des Sosso sous Soumaoro Kanté et la bataille de Kirina préparent la fondation de l’Empire du Mali – et pourquoi l’assemblée de Kouroukan Fouga en 1236 marque le moment constituant d’un nouvel ordre politique ouest-africain.
  • Structure et grands axes de la Charte : Comment les 44 édits reconstruits se répartissent entre organisation sociale, droits de propriété, protection de l’environnement et responsabilités individuelles – révélant une conception holistique de la gouvernance qui dépasse les définitions occidentales classiques de la constitution.
  • La Gbara comme « parlement » mandingue : Comment la Grande Assemblée des clans, avec ses sièges pour l’élite guerrière, les chefs religieux, les castes artisanales et les griots, encadre le pouvoir du Mansa et intègre les principaux groupes sociaux – tout en ouvrant la voie à une présence des femmes dans les instances de décision.
  • Philosophie humaniste & droits de la personne : Comment l’éthique mandingue et le principe « Nin bè Nin » (Chaque vie est une vie) se traduisent en normes sur l’inviolabilité de la personne humaine, l’interdiction de la violence arbitraire, l’éducation, le travail, la solidarité et la sécurité alimentaire, bien avant l’émergence des déclarations modernes des droits humains.
  • Esclavage, interdiction des razzias & réformes : Pourquoi la Charte condamne la chasse aux esclaves, protège les villages contre la destruction, reconnait des droits aux personnes esclavisées (propriété, protection, meilleure condition) et sert aujourd’hui de référence dans les débats sur les formes contemporaines d’esclavage et de domination.
  • Sanankouya/Sanankunya & gestion des conflits : Comment les « parentés à plaisanterie » institutionnalisées entre clans fonctionnent comme un mécanisme juridique et rituel pour désamorcer les tensions, prévenir les vendettas et maintenir la cohésion dans un empire multiethnique.
  • Ordre écologique et économique : Comment les articles sur le feu de brousse, la chasse et la gestion des ressources posent les bases d’un droit de l’environnement, tandis que les règles sur la propriété, l’élevage, les valeurs d’échange et le « droit à ne pas mourir de faim » sécurisent le commerce, la production et la redistribution des richesses.
  • Femmes, famille & oralité juridique : Quels statuts et protections la Charte accorde aux femmes dans la vie politique, le mariage, le divorce et l’éducation des enfants – et comment les griots/djeli ont transmis, ritualisé et actualisé ce texte oral jusqu’à sa mise par écrit et sa relecture contemporaine par les chercheurs.
  • Comparaison avec la Magna Carta & actualité : En quoi la Charte du Mandén et la Magna Carta diffèrent quant à l’anthropologie, la philosophie du droit et les bénéficiaires des garanties, et pourquoi la Charte du Mandén s’impose aujourd’hui comme matrice d’une pensée constitutionnelle africaine mobilisée dans les débats sur la gouvernance, la dignité humaine et la décolonisation du droit.

💡 Pourquoi cet article est important : Il déconstruit les récits juridiques eurocentrés en montrant que, dès le XIIIᵉ siècle, la Charte du Mandén formulait en Afrique de l’Ouest un ordre constitutionnel sophistiqué articulant droits humains, justice sociale, protection de la nature et résolution collective des conflits – offrant ainsi un paradigme africain autonome pour penser aujourd’hui démocratie, dignité et souveraineté juridique.

⏱️ Temps de lecture : env. 25–30 minutes | 📍 Région : Haut bassin du Niger, Mandé, Mali & Guinée | ⏳ Focales : Empire du Mali, Soundiata Keïta, constitution autochtone, droits humains, réformes de l’esclavage, droit de l’environnement & histoire juridique postcoloniale.

Une analyse scientifique de l’ordre constitutionnel indigène de l’Empire du Mali et de sa portée globale

L’histoire juridique de l’humanité est souvent présentée, dans la tradition scientifique occidentale, comme un processus linéaire débutant en Mésopotamie antique, passant par le droit romain, la Magna Carta et aboutissant finalement aux constitutions des Lumières du XVIIIe siècle. Cette vision eurocentrique méconnaît toutefois l’existence de systèmes normatifs hautement complexes dans d’autres parties du monde, qui existaient bien avant l’expansion européenne. Un exemple remarquable de tel ordre juridique indigène est la Charte du Manden, également connue sous le nom de Kouroukan Fouga (ou Kurukan Fuga), proclamée au XIIIe siècle au cœur de l’Afrique de l’Ouest. Cette charte, reconnue en 2009 par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité, est aujourd’hui considérée comme l’une des plus anciennes constitutions connues et comme un texte fondateur de l’humanisme africain.

La Charte du Manden n’est pas seulement un document historique, mais un héritage vivant qui a façonné l’identité politique, la structure sociale et les valeurs éthiques des peuples mandingues et de leurs voisins pendant des siècles. Sa proclamation en 1236 a marqué la transition d’une période d’instabilité guerrière à la consolidation de l’Empire du Mali sous la direction de Soundiata Keïta. L’analyse de ce document requiert une compréhension profonde de l’oralité ouest-africaine, des structures sociales claniques et des fondements philosophiques connus sous le nom d’« éthique mandingue ».

Contexte historique : L’ascension de l’Empire du Mali et la bataille de Kirina

Pour saisir l’importance de la Charte du Manden, il faut considérer les rapports géopolitiques de l’Afrique de l’Ouest au début du XIIIe siècle. Après la chute de l’Empire du Ghana (Wagadou), un vide de pouvoir s’est installé dans la zone soudano-sahélienne, comblé par divers petits États et clans. La domination du royaume Sosso sous le roi Soumaoro Kanté, souvent décrit dans la tradition orale comme un roi-sorcier tyrannique, a entraîné une oppression généralisée et des conflits armés.

Soundiata Keïta, prince du petit royaume du Manden, ayant passé des années en exil, réussit à forger une coalition de clans et cités-États mécontents. Cette alliance aboutit en 1235 à la bataille décisive de Kirina (ou Krina), où Soundiata vainquit Soumaoro Kanté, posant ainsi les bases de l’Empire du Mali. Mais la victoire militaire seule ne suffisait pas pour gouverner un empire stable. Il fallait un socle juridique et social capable d’unir les différents clans et ethnies sous une même couronne sans effacer leurs identités.

En 1236, Soundiata Keïta convoqua une grande assemblée de chefs de clans, nobles, chefs religieux et artisans sur la plaine de Kouroukan Fouga, qui signifie « clairière sur la roche dure ». Là, selon la tradition des griots, « le monde fut partagé » – c’est-à-dire que les responsabilités, droits et devoirs des différents groupes furent définis et solennellement proclamés sous forme de charte.

Phase historique Période (env.) Caractéristiques principales
Déclin du Ghana XIe – XIIe siècle

Dissolution de l’autorité centrale, essor des pouvoirs locaux

Hégémonie des Sosso 1200 - 1235

Expansion sous Soumaoro Kanté, conflits avec les Mandingues

La libération 1235

Bataille de Kirina, victoire de Soundiata Keïta

La constitution 1236

Assemblée de Kouroukan Fouga, proclamation de la charte

ge d’or du Mali XIIIe – XIVe siècle

Expansion sous Mansa Moussa, Tombouctou centre du savoir

La structure de la Charte : Un ordre constitutionnel indigène

La Charte du Manden, selon la reconstruction la plus répandue aujourd’hui, se compose de 44 articles ou édits, répartis en quatre grands axes thématiques : organisation sociale, droits de propriété, protection de l’environnement et responsabilité individuelle. Cette structure révèle une vision holistique de la gouvernance, allant bien au-delà de la simple régulation du pouvoir, intégrant les préoccupations écologiques et sociales comme éléments essentiels de la stabilité de l’État.

La Gbara : Le parlement de l’Empire du Mali

Un élément central de la charte fut l’institutionnalisation de la Gbara, grande assemblée servant d’organe délibératif et de conseil à l’empereur (Mansa). La Gbara n’était pas qu’un organe consultatif, mais disposait d’un réel pouvoir de contrôle sur le monarque. Sa composition reflétait la structure fonctionnelle et sociale de la société mandingue et comprenait entre 29 et 32 sièges.

Groupe fonctionnel Nombre de clans Appellation Domaine de responsabilité
Élite militaire 16 Djon-Tan-Nor-Woro

Défense de l’empire, administration des provinces

Chefs religieux 4-5 Mori-Kanda-Lolou

Éducation islamique, conseil juridique, direction spirituelle

Castes d’artisans 4 Nyamakala

Forge, travail du bois, tannerie, médiation sociale

Chroniqueurs / bardes 4-5 Djeli / Jeli

Préservation de l’histoire, diplomatie, cérémonies d’État

 

La Gbara était présidée par un Belen-tigui (maître de cérémonie), garantissant que chaque intervenant soit entendu et que le protocole du débat soit respecté. Il est remarquable que la charte, à l’article 16, prévoyait l’inclusion des femmes à tous les niveaux du gouvernement – une reconnaissance progressive du rôle politique des femmes pour l’époque, même si la société restait fondamentalement patriarcale.

Fondements philosophiques : Humanisme africain et principe « Nin bè Nin »

La Charte du Manden est profondément ancrée dans les enseignements éthiques de la confrérie des Donso (chasseurs traditionnels). Ces chasseurs ont joué un rôle clé dans la fondation de l’Empire du Mali et apporté une philosophie considérée aujourd’hui comme le cœur de l’humanisme ouest-africain. Le principe fondamental de cette éthique est « Nin bè Nin » (« Toute vie est une vie »).

Ce principe stipule qu’aucune vie humaine n’est plus précieuse ou plus digne qu’une autre. C’est un rejet radical de toute hiérarchie dévalorisante de l’être humain. Les chasseurs proclamaient : « Toute vie est une vie. Il est vrai qu’une vie vient au monde avant une autre, mais aucune n’est ‘plus ancienne’ ou plus respectable qu’une autre ». De ce principe ont découlé des normes juridiques concrètes :

  • Droit à l’intégrité physique : toute atteinte à une vie exige réparation.

  • Interdiction de l’arbitraire : nul ne peut agresser ou harceler son prochain sans motif.

  • Obligation de solidarité : chaque citoyen doit veiller sur son prochain, honorer ses parents et prendre soin de sa famille.

Cette base humaniste fait que la charte est souvent considérée comme précurseure des déclarations modernes des droits humains. L’article 5 stipule explicitement : « Chacun a droit à la vie et à l’intégrité physique ». Toute tentative d’ôter la vie à autrui était punie de mort.

Abolition de la chasse aux esclaves et réforme de l’esclavage

Un aspect souvent mal compris de la Charte du Manden est sa position sur l’esclavage. À une époque où l’esclavage était accepté mondialement comme institution économique et sociale, la Charte de Kouroukan Fouga a marqué une rupture significative.

Les chasseurs ont proclamé : « La faim n’est pas une bonne chose, l’esclavage non plus ; il n’existe pas de plus grands fléaux que ces choses dans ce monde ». La charte interdisait explicitement les razzias (chasses aux esclaves) et la destruction de villages à des fins de capture. Il était décrété que plus personne ne pouvait « mettre un mors à la bouche de son semblable » pour le vendre.

Néanmoins, la catégorie du « Djon » (esclave domestique ou de cour) subsistait comme couche sociale, mais avec une protection juridique étendue. La charte soulignait : « Nous sommes les maîtres de l’esclave, mais non du sac qu’il porte ». Cela signifiait que les esclaves avaient droit à la propriété privée. Un jour de repos par semaine leur était garanti, et il était interdit de maltraiter ou de tuer quelqu’un simplement parce qu’il était fils d’esclave. Ces réformes visaient à mettre fin à la déshumanisation des non-libres et à les intégrer dans l’ordre social avec droits et dignité.

Sanankunya : La résolution institutionnalisée des conflits par la « parenté à plaisanterie »

Un instrument juridique et social unique, formalisé par la Charte du Manden à l’article 7, est le Sanankunya (parenté à plaisanterie ou cousinage). Dans une société multiethnique comme celle de l’Empire du Mali, éviter les vendettas et les conflits violents entre clans était vital.

Le Sanankunya est un pacte entre différents clans ou groupes ethniques qui autorise – et oblige même – les membres à se moquer, à s’insulter ou à se critiquer sans que cela n’entraîne d’offense nécessitant vengeance.

  • Mécanisme : Lorsque deux personnes liées par le Sanankunya se rencontrent, elles échangent rituellement des moqueries sur leurs origines ou habitudes alimentaires. Cela désamorce les tensions et crée une fraternité.

  • Fonction juridique : La charte précise que les différends entre ces groupes ne doivent jamais porter atteinte au respect mutuel. Il s’agit d’une forme de transformation rituelle des conflits, toujours utilisée au Mali, au Sénégal et en Gambie comme moyen efficace de maintien de la paix.

  • Champ d’application : Ce rapport s’étend aussi aux beaux-frères, belles-sœurs, grands-parents et petits-enfants, la tolérance étant le principe suprême.

Ce système montre que la science juridique africaine médiévale utilisait des méthodes psychologiques et sociologiques sophistiquées pour garantir la cohésion sociale dans un vaste empire.

Justice écologique : La charte comme constitution environnementale

Un aspect remarquable de la Charte du Manden, qui la distingue des documents européens contemporains, est la prise en compte explicite de la protection de l’environnement (articles 37 à 39). L’Empire du Mali reconnaissait la dépendance existentielle de la société envers la nature.

La charte nomma Fakombè chef des chasseurs et le chargea de la préservation de la brousse et de ses habitants pour le bien de tous. L’article 38 contient une prescription écologique fascinante : « Avant de mettre le feu à la brousse, ne regarde pas le sol, mais lève les yeux vers la cime des arbres pour voir s’ils portent fruits ou fleurs ». Les feux de brousse étaient un outil agricole nécessaire, mais la charte exigeait une évaluation minutieuse pour ne pas détruire inutilement la biodiversité et les ressources alimentaires. Les brûlis incontrôlés, mettant en danger la collectivité, pouvaient être sévèrement sanctionnés.

Économie et propriété : Sécurité juridique pour la prospérité

Pour « remporter la lutte pour la prospérité », la charte a instauré un système clair de surveillance et de lutte contre l’oisiveté (article 6). Les droits de propriété ont été institutionnalisés pour empêcher les puissants de spolier arbitrairement les faibles.

Article Objet Contenu de la règle
31 / 32 Acquisition de propriété

Reconnaissance de l’achat, du don, de l’échange, du travail et de l’héritage ; tout le reste est douteux

33 Objets trouvés

Les biens sans maître ne deviennent propriété commune qu’après quatre ans

34 Élevage

Le gardien d’un animal reçoit un nouveau-né sur quatre en récompense

35 Valeur d’échange

Détermination des taux d’échange (par ex. 1 bœuf = 4 moutons/chèvres) pour la stabilité du marché

36 Droit à la subsistance

Satisfaire une faim immédiate n’est pas un vol, tant qu’on n’emporte rien

 

Ces dispositions ont créé un environnement économique fiable, permettant à l’Empire du Mali de contrôler les routes commerciales transsahariennes et de faire de villes comme Tombouctou et Djenné des centres mondiaux du commerce et du savoir.

Le rôle des femmes et la responsabilité familiale

Bien que la succession dans l’Empire du Mali était patrilinéaire (article 12), la Charte du Manden accordait aux femmes une place importante dans la société. L’article 14 demande de ne jamais insulter les femmes – « nos mères ». L’article 15 interdit de toucher à une femme mariée avant que son mari n’ait tenté en vain d’intervenir.

Un aspect particulièrement progressiste était le droit au divorce. L’article 30 (ou 31 selon certaines versions) permettait la dissolution du mariage en cas d’impuissance du mari, de folie d’un des conjoints ou d’incapacité du mari à remplir ses obligations conjugales. Cela donnait aux femmes un recours légal contre des situations conjugales insupportables, ce qui était impensable dans de nombreux systèmes juridiques contemporains.

De plus, l’éducation des enfants était définie comme une tâche collective. L’article 9 stipule que l’autorité paternelle appartient à l’ensemble de la société, donnant ainsi une base légale au proverbe « Il faut tout un village pour élever un enfant ».

Oralité comme vecteur constitutionnel : Les gardiens de la parole

Un point central dans la réception scientifique de la Charte du Manden est sa nature de document oral. Jusqu’au milieu du XXe siècle, elle fut transmise exclusivement par la caste des griots (djeli). Ces spécialistes de la parole servaient de véritables « archives vivantes ».

La transmission n’était pas un simple bouche-à-oreille, mais un processus strictement codifié. Les articles de la charte étaient récités lors d’assemblées rituelles et gravés dans la mémoire collective à travers chants et épopées (comme celle de Soundiata). À Kangaba (Mali), tous les sept ans, la cérémonie de la réfection du toit du Kamabolon renouvelle rituellement l’histoire de l’empire et ses lois.

Des critiques ont avancé que la transmission orale sur plus de 700 ans aurait nécessairement entraîné des déformations, et que la version moderne de la charte (formulée en 1998 à Kankan) pourrait contenir des influences contemporaines. Mais des historiens africains comme Djibril Tamsir Niane soutiennent que la cohérence des récits entre différentes écoles de griots et l’empreinte profonde de la charte sur les pratiques sociales de la région attestent de son authenticité. La charte est ainsi un « tissu vivant de paroles », qui s’adapte au temps sans perdre son essence.

Comparaison : Charte du Manden vs. Magna Carta

La Charte du Manden est souvent qualifiée de « Magna Carta africaine ». Les deux textes sont nés au XIIIe siècle (1215 en Angleterre, 1236 au Mali) en réponse à des crises internes et à la volonté de réguler l’exercice du pouvoir.

Aspect de comparaison Charte du Manden (1236) Magna Carta (1215)
Format

Principalement oral, ritualisé

Écrit sur parchemin

Philosophie

Communautarisme, humanisme africain

Libertés individuelles (pour la noblesse), droit naturel

Contenu

Ordre social, droits humains, environnement, castes professionnelles

Droits de propriété, protection contre l’arrestation arbitraire, fiscalité

Sujets de droit

Clans, groupes professionnels et individus

Barons et « hommes libres »

Checks and balances

Gbara (assemblée des clans)

Conseil des 25 barons

 

La différence majeure réside dans la conception de la personne : tandis que la Magna Carta met l’accent sur la protection de l’individu face au monarque, la Charte du Manden valorise l’harmonie entre groupes et l’intégration de l’individu dans un réseau d’obligations réciproques. Dès 1236, la Charte du Manden intégrait des éléments – tels que la protection de l’environnement ou la sécurité sociale – qui n’apparaîtront que bien plus tard dans les constitutions occidentales.

Portée contemporaine et reconnaissance par l’UNESCO

La reconnaissance de la Charte du Manden par l’UNESCO en 2009 fut une étape clé dans la décolonisation de l’histoire du droit. L’UNESCO a classé la charte comme preuve de la créativité et de la brillante intelligence juridique de la civilisation ouest-africaine.

Pour l’Afrique contemporaine, la charte est une source d’inspiration pour la « gouvernance endogène ». Dans des pays comme le Mali, elle sert à légitimer des réformes politiques fondées sur des valeurs traditionnelles telles que le consensus, la médiation et la justice sociale. Des historiens comme Fodé Moussa Sidibé appellent à la réintégration complète de ce paradigme dans l’éducation et la justice pour combler le fossé entre les modèles étatiques importés et la culture vécue des populations.

Aujourd’hui, la charte est aussi invoquée contre les formes modernes d’esclavage et pour la dignité de la personne. Elle prouve qu’avant toute influence extérieure, l’Afrique a su développer ses propres concepts des droits humains, en harmonie avec son environnement.

Conclusion : Un héritage universel

La Charte du Manden de Kouroukan Fouga est bien plus qu’une curiosité historique. Elle représente une réponse constitutionnelle sophistiquée aux questions éternelles de la communauté humaine : comment faire coexister pacifiquement différentes communautés ? Comment protéger la nature ? Comment garantir la dignité de chacun ?

En plaçant la sacralité de la vie (Nin bè Nin), la liberté de parole et la responsabilité sociale au cœur de son système, elle a permis à l’Empire du Mali de rester stable pendant des siècles. À l’heure des crises mondiales, la Charte du Manden offre des enseignements précieux sur la manière dont le droit et l’éthique peuvent s’enraciner profondément dans la réalité écologique et sociale d’un peuple pour instaurer une paix et une prospérité durables. Le message de Kouroukan Fouga reste universel : « Toute vie est une vie » – un appel à l’égalité et à la fraternité, qui, huit siècles plus tard, n’a rien perdu de sa force.

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Foire aux questions (FAQ)
Qu’est-ce que la Charte du Mandé de Kouroukan Fouga ? +
La Charte du Mandé, aussi appelée Kouroukan Fouga, est un corpus de normes proclamé au XIIIᵉ siècle dans la région mandingue, qui réglementait l’ordre politique, social et juridique de l’Empire du Mali et est aujourd’hui considéré comme l’une des plus anciennes constitutions du monde.
Quand et par qui la Charte du Mandé a-t-elle été proclamée ? +
La Charte du Mandé a été proclamée vers 1236, après la victoire de la bataille de Kirina, lors de l’assemblée de Kouroukan Fouga par le fondateur de l’Empire du Mali, Soundiata Keïta, en concertation avec une assemblée de chefs de clan, chasseurs, responsables religieux et griots.
Quels domaines la Charte du Mandé régit-elle ? +
La Charte du Mandé comporte des dispositions sur l’organisation sociale de la société mandingue, sur la propriété et l’économie, sur la protection de l’environnement, sur les droits et devoirs des différents groupes, sur la résolution des conflits, sur les réformes de l’esclavage ainsi que sur le rôle des femmes et des structures familiales.
Pourquoi la Charte du Mandé est-elle considérée comme un précurseur des droits humains modernes ? +
La Charte formule des principes comme l’inviolabilité de la vie humaine, l’interdiction de la violence arbitraire, des devoirs de solidarité, des limitations de l’esclavage et la protection contre la faim. Beaucoup de chercheurs y voient une formulation afrocentrée et précoce de ce que l’on nomme aujourd’hui droits humains.
Quelle est la position de la Charte du Mandé sur l’esclavage ? +
La Charte du Mandé interdit les razzias esclavagistes et la destruction de villages pour réduire les populations en esclavage, condamne l’esclavage comme un fléau et reconnaît aux personnes asservies certains droits, comme la protection de leurs biens et un minimum d’intégrité physique, même si l’institution de la servitude n’est pas totalement abolie.
Quel rôle jouent les relations de sanankouya dans la Charte du Mandé ? +
Le sanankouya, souvent décrit comme cousinage à plaisanterie, est consacré dans la Charte du Mandé comme instrument de prévention des conflits. Grâce aux plaisanteries rituelles entre clans, les tensions sont désarmées et les vendettas sanglantes évitées, ce qui renforce la cohésion sociale de l’Empire.
Comment la Charte du Mandé prend-elle en compte la protection de l’environnement et des ressources ? +
La Charte contient des règles sur la gestion responsable de la brousse, sur les feux contrôlés, sur la préservation des arbres et de la faune et sur la nomination d’un chef des chasseurs chargé de l’équilibre écologique. Elle articule ainsi droit, sécurité alimentaire et protection de l’environnement.
Quelle place les femmes occupent-elles dans la Charte du Mandé ? +
La Charte du Mandé insiste sur le respect dû aux femmes, définit des obligations familiales et prévoit des règles précoces en matière de divorce. Elle reconnaît les femmes comme des actrices centrales de la stabilité sociale, même si la société demeurait globalement patriarcale.
Pourquoi l’UNESCO a-t-elle reconnu la Charte du Mandé ? +
L’UNESCO a inscrit la Charte du Mandé en 2009 au patrimoine culturel immatériel car elle constitue un exemple remarquable de système juridique africain transmis oralement, qui articule diversité sociale, paix, dignité humaine, commerce, éducation et responsabilité écologique dans un corpus normatif cohérent.
Quelle est la pertinence actuelle de la Charte du Mandé ? +
Aujourd’hui, la Charte du Mandé est utilisée dans plusieurs pays africains comme référence pour une gouvernance endogène, la médiation des conflits, les débats sur les droits humains et l’environnement, et elle sert de contre-modèle aux récits purement eurocentrés sur la naissance des constitutions et de l’État de droit.