🐓 Le coq et le marchand (Sénégal)
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L’humour africain est riche, profond et souvent très subtil.
Il joue avec l’ironie, les histoires d’animaux, les doubles sens et les retournements moraux où celui qu’on croit naïf s’avère parfois le plus rusé.
🐓 Le coq et le marchand
Origine : Sénégal (Dakar)
Thèmes : Ruse, sens des affaires, langage
Chaque matin, un coq volait du maïs sur l’étal d’un marchand.
Un jour, l’homme l’attrapa : « Cette fois, je vais te vendre ! »
Le coq supplia : « Laisse-moi partir ! Je peux chanter pour annoncer la venue d’un client riche. »
Le marchand le relâcha, et effectivement, un riche client arriva peu après.
Le marchand se réjouit : « Fais-le encore ! »
Le coq chanta – cette fois, un mendiant apparut.
« Menteur ! » s’exclama le marchand.
Le coq répondit calmement : « J’ai seulement chanté, je n’ai rien commandé. »
👉🏽 Morale : Ne promettez jamais plus que ce que vous pouvez chanter.
→ À Dakar, on aime raconter cette histoire qui se moque des attentes exagérées et de la cupidité dans les affaires.
→ Comment un coq berne un marchand – avec un humour subtil et sec.
Contexte de l’histoire
Cette fable originaire du Sénégal 🇸🇳 est particulièrement populaire à Dakar, un centre dynamique de commerce et d’activité.
Contexte culturel : Ruse et communication
- Dakar et le commerce : L’histoire se déroule dans l’environnement marchand animé de Dakar. Dans une culture marquée par le commerce (contrairement à une économie purement de subsistance), l’agilité, la ruse (ruses) et l’art du dialogue sont essentiels.
- Le coq et la parole : Le coq incarne ici le pouvoir du langage et de la communication. Il est maître du jeu de mots et de l’interprétation littérale. Il ne trompe pas le marchand par le mensonge, mais en utilisant les attentes du marchand contre lui.
Le thème : ruse et humour sec
- Le coq-trickster : Le coq est le trickster ingénieux. Il exploite la cupidité et la surinterprétation du marchand. Celui qui pense pouvoir utiliser le coq pour s’enrichir se fait lui-même piéger.
- L’humour sec : L’esprit de la fable réside dans la réponse laconique du coq : « J’ai seulement chanté, je n’ai rien commandé. » C’est un exemple parfait de l’humour sec et parfois philosophique qui caractérise nombre de récits ouest-africains. Cette chute met à nu la croyance du marchand qu’il pourrait manipuler la nature à sa guise.
La morale : attentes et avidité
- Critique de la cupidité : Cette histoire fait la satire des attentes exagérées et de la cupidité du marchand. Parce que le premier client était riche, le marchand pense que le coq ne peut attirer que l’abondance.
- La leçon : La morale « Ne promettez jamais plus que ce que vous pouvez chanter » est à double sens :
-
- Pour le coq : Restez fidèle à ce que vous savez faire (chanter), sans promettre plus.
- Pour le marchand : N’attendez pas qu’un simple chant (ou un petit investissement) vous garantisse la richesse ; sachez accepter ce qui vient, même si c’est un mendiant.
👉🏽 Conclusion de la fable
Voici une fable moderne, vive et perspicace du Sénégal, qui unit sens du commerce, jeux de mots et critique humoristique de l’avidité. Elle montre que la ruse et la compréhension des règles (du langage) l’emportent parfois sur l’intérêt personnel pur.
Liens
L’humour africain…
- n’est pas moqueur, mais sage
- ne rit pas des autres, mais de soi-même
- n’est pas seulement amusant, mais enseignant
Il associe rire, philosophie et morale – le rire, c’est la connaissance.
L’humour africain enseigne toujours à double niveau :
👉🏽 Il nous fait rire – et réfléchir.
Même le plus petit personnage peut délivrer la leçon la plus grande.
L’humour africain démontre :
Même les animaux, les dieux et les rois ne sont pas à l’abri de leur propre nature – et c’est là que réside sa puissance : il désarme par le rire, jamais par la moquerie.