Wie afrodiasporische Literatur Empathie schafft und Privilegien entlarvt

Le regard à travers les pages

Comment la littérature afrodiasporique crée de l’empathie et révèle les privilèges

Imagine que tu entres dans une immense bibliothèque somptueuse. Les murs sont couverts de livres sur plusieurs mètres de hauteur, les reliures en cuir brillent sous une lumière chaude, et l’odeur du papier emplit l’espace. Tu te promènes dans les allées, tu tires un roman après l’autre et tu commences à lire. Les histoires t’emmènent à travers des amours tragiques, des aventures philosophiques, des conflits familiaux et des drames historiques. Mais après quelques jours de lecture intensive, quelque chose d’étrange attire ton attention : chaque livre de cette bibliothèque, chaque personnage principal, chaque voix narrative et chaque perspective morale provient du même type de personne. Tous les auteur·e·s partagent le même arrière-plan culturel, la même couleur de peau et la même vision eurocentrée du monde.

Quel impact cela aurait-il sur ta manière de penser ? Tu finirais inévitablement par voir le monde à travers une lentille extrêmement étroite. Les expériences de ce seul univers culturel deviendraient, dans ton esprit, une vérité universelle. Tout ce qui s’en écarte te semblerait étranger, exotique, incompréhensible ou, dans le pire des cas, inférieur.

C’est précisément dans cette bibliothèque que le monde occidental a vécu pendant des siècles. Le canon littéraire – c’est-à-dire la liste des livres que nous lisons à l’école, ceux que l’on qualifie de « littérature mondiale » et qui façonnent notre empathie collective – a été et reste bien plus blanc, masculin et occidental que nous ne le réalisons généralement. Lorsque l’on écrivait sur les personnes issues de la diaspora africaine ou du Sud global, c’était presque toujours à leur sujet, rarement par elles. Elles apparaissaient comme figurantes dans les aventures d’explorateurs blancs, comme objets de fantasmes coloniaux ou comme cas problématiques dans des rapports sociologiques.

Après avoir exploré, dans les quatre premiers essais (« Qu’est-ce que le racisme du quotidien », « Que faire face au racisme du quotidien », « Comment réagir en tant que personne concernée » et « Comment agir en tant que proche »), la nature du racisme ordinaire, les stratégies d’action pour les témoins et la résilience des personnes concernées, nous ouvrons maintenant le chapitre final. Ce cinquième essai est consacré à la puissance de l’écrit. C’est un plaidoyer passionné pour le changement de perspective à travers la littérature afrodiasporique et africaine. Nous examinerons comment les romans et les biographies d’auteur·e·s noir·e·s et migrant·e·s agissent comme des miroirs et des fenêtres, comment ils brisent le regard colonial et pourquoi lire ces pages est le moyen le plus efficace de réduire durablement nos angles morts face au racisme du quotidien.

1. Le concept de miroir et de fenêtre : pourquoi la diversité dans les livres est essentielle

Dans les études littéraires et la pédagogie, il existe un concept remarquable introduit par la professeure américaine Rudine Sims Bishop. En 1990, elle a proposé que les livres remplissent trois fonctions dans le développement humain : ils sont des miroirs, des fenêtres et des portes coulissantes en verre.

Le miroir : la validation de sa propre existence

Un livre agit comme un miroir lorsque la personne qui lit y voit reflétés sa propre vie, sa culture, son apparence et son identité. Lorsque tu es enfant et que tu lis un livre dont le personnage principal te ressemble, partage le même rythme familial et affronte des défis quotidiens similaires, quelque chose de fondamental se produit dans ta psyché : tu fais l’expérience de la validation. Le livre te murmure : « Ton histoire compte. Des personnes comme toi sont suffisamment importantes pour être au centre d’un récit. Tu es la norme. »

Pour les personnes blanches en Europe et en Amérique du Nord, ce miroir va de soi. Elles grandissent dans un monde qui les reflète en permanence – dans les manuels scolaires, sur les affiches, dans les films et les romans. Pour les enfants et les adultes issus de la diaspora africaine, en revanche, ce miroir a longtemps été rare. Lorsqu’ils apparaissaient dans les livres, c’était souvent sous forme de stéréotypes comiques, de criminels ou de bénéficiaires passifs de l’aide occidentale. L’absence de miroirs crée un sentiment d’invisibilité et mine subtilement l’estime de soi.

La fenêtre : un regard sur la vie des autres

Un livre agit comme une fenêtre lorsqu’il permet à la personne qui lit d’apercevoir un monde totalement différent du sien. Il ouvre l’horizon sur des expériences, des pratiques, des paysages et des modes de pensée que l’on ne vivra jamais physiquement. À travers la fenêtre, nous apprenons que notre propre mode de vie n’est pas le centre du monde, mais seulement une des nombreuses facettes possibles de l’existence humaine.

Lorsque cette fenêtre s’accompagne d’une invitation à entrer, grâce au pouvoir des mots, dans la peau du personnage, elle devient une porte coulissante en verre. Nous pénétrons dans la conscience d’un autre être humain. Nous ressentons sa joie, sa peur, son amour et sa douleur. C’est à ce moment que la magie de la littérature opère : l’empathie naît.

Le racisme du quotidien prospère dans le vide créé par l’absence de fenêtres. Toute personne qui grandit dans un environnement homogène et n’ouvre ses fenêtres qu’à des mondes semblables au sien développe inévitablement un angle mort important. La littérature afrodiasporique consiste à briser de nouvelles fenêtres dans les murs de nos préjugés.

2. Le piège du « parler sur » : pourquoi la bienveillance ne remplace pas l’égalité

Lorsque, dans les talk-shows, les articles de journaux ou les débats politiques, on parle de racisme, un schéma saute immédiatement aux yeux : très souvent, ce sont des expert·e·s blanc·he·s, des responsables politiques et des sociologues qui discutent des groupes concernés par le racisme. Ils analysent des statistiques, débattent de cours d’intégration, évaluent les taux de criminalité ou compatissent face à la situation dans le Sud global.

Ce « parler sur » se fait souvent avec les meilleures intentions, avec un grand sérieux académique et une véritable bienveillance humanitaire. Pourtant, il reproduit exactement la dynamique coloniale qu’il prétend combattre. Pourquoi ?

La réduction à un problème

Lorsque nous ne faisons que parler des personnes concernées, nous les réduisons à un phénomène sociologique ou à un problème politique. Une personne noire, dans une étude sur la discrimination sur le marché du logement, n’est plus un individu avec des rêves, de l’humour, des contradictions et des chagrins d’amour – elle devient un point de données, une victime, un être déficient.

Ce type de discours ne crée pas de l’empathie, mais de la pitié. Or la pitié est une émotion profondément hiérarchique. Celui ou celle qui éprouve de la pitié regarde de haut. La pitié dit : « Oh, mon pauvre, comme ta situation est terrible. » L’empathie, à l’inverse, dit : « Je ressens avec toi, je te reconnais comme sujet à part entière, et ton histoire touche à mon propre humanité. »

L’absence de la voix intérieure

Aucun texte sociologique et aucun débat politique ne peut saisir la subjectivité d’une vie vécue. En lisant des rapports, nous apprenons les faits de la discrimination. En lisant la littérature afrodiasporique, nous apprenons le ressenti de cette discrimination – et cela, depuis l’intérieur.

Un exemple remarquable de la manière dont la littérature comble cette lacune est le roman « Americanah » de l’autrice nigériane Chimamanda Ngozi Adichie.

Recommandation de lecture

Chimamanda Ngozi Adichie – « Americanah »

Contenu

Le roman raconte l’histoire d’Ifemelu, une jeune Nigériane qui part étudier aux États-Unis. Là, elle est confrontée pour la première fois à la réalité d’être perçue comme « black ». Adichie décrit, avec humour et une grande finesse, les microagressions du quotidien, les attentes sociales et l’expérience de l’étrangeté culturelle. Plus d’Adichie ou directement vers le livre : Americanah.

Quand nous lisons Americanah, nous ne consommons pas une théorie abstraite sur le white privilege. Nous faisons l’expérience de ce privilège à travers les yeux d’une femme que nous avons appris à aimer, à plaindre et à admirer au fil de plus de 500 pages. Nous ressentons avec elle les moments de gêne et de violence subtile. Le livre nous force à regarder notre propre angle mort, car nous ne pouvons pas qualifier les réactions d’Ifemelu de « hypersensibles » – nous étions littéralement dans sa tête au moment où la microagression s’est produite. C’est là la différence fondamentale entre écouter une personne concernée et parler sur elle.

3. Briser le récit colonial : comment la littérature réécrit l’histoire

Pour comprendre à quel point la littérature afrodiasporique est révolutionnaire, il faut d’abord se rappeler comment fonctionne le récit colonial. Pendant des siècles, la littérature européenne a été dominée par l’idée de l’« histoire unique », comme l’a formulé Chimamanda Ngozi Adichie dans son célèbre TED Talk « The Danger of a Single Story ».

Cette histoire unique affirmait qu’un continent comme l’Afrique serait un espace sombre, sans histoire, rempli de sauvagerie, de pauvreté et de chaos. Les personnes qui y vivent seraient soit des « bons sauvages », soit des barbares violents, attendant d’être sauvées, civilisées ou colonisées par l’homme blanc. Ce récit a servi de justification morale aux atrocités du colonialisme et de l’esclavage.

Même après la fin officielle des empires coloniaux, ces schémas ont continué à vivre dans notre littérature. Des auteur·e·s blanc·he·s écrivaient des romans sur le continent africain où les personnages africains ne servaient que de décor à la quête spirituelle du protagoniste blanc.

La décolonisation de l’esprit par la fiction

La littérature africaine et afrodiasporique brise radicalement ce récit colonial en renversant les rôles. Elle reprend la position de narrateur, retire la parole aux observateurs extérieurs et la confie à celles et ceux qui étaient jusque-là réduit·e·s au silence.

Les figurant·e·s deviennent les réalisateur·rice·s de leurs propres histoires. Le regard ne vient plus d’un poste d’observation européen surplombant la scène, mais de la vie quotidienne, des villages, des villes et des corps qui ont supporté le poids de l’exploitation. La fiction devient alors un acte de décolonisation mentale : elle ne modifie pas seulement ce que nous savons, mais ce que nous ressentons comme légitime, digne et vrai.

Le véritable père fondateur de cette résistance littéraire est l’écrivain nigérian Chinua Achebe, avec son chef-d’œuvre « Tout s’effondre » (souvent publié en français sous le titre « Le monde s’effondre »).

Recommandation de lecture

Chinua Achebe – « Tout s’effondre » (Things Fall Apart, 1958)

Contenu

Achebe écrit ce roman en réponse aux images coloniales de l’Afrique dans la littérature européenne. Il décrit la vie dans un village igbo avant l’arrivée des missionnaires et des colons britanniques, et montre une société complexe, autonome, avec ses propres valeurs et structures. Sans l’idéaliser, il lui rend sa dignité et sa profondeur. Avec la colonisation, l’effondrement culturel n’est pas présenté comme un progrès, mais comme une destruction tragique. Plus d’Achebe ou directement vers le livre : Tout s’effondre.

À la fin du roman, une scène profondément cynique et brillante concentre tout le propos. Le commissaire de district britannique découvre le corps du personnage principal, Okonkwo. Il réfléchit à la façon dont cette histoire pourrait s’intégrer dans le livre qu’il est en train d’écrire. Il décide de consacrer un chapitre à la vie d’Okonkwo – ou peut-être seulement un paragraphe, car il faut bien faire attention au nombre de pages.

Le livre qu’il prévoit porte le titre : « La pacification des tribus primitives du Bas-Niger ». Dans cette seule scène, Achebe démasque toute l’écriture impériale de l’histoire : il montre comment le colonialisme réduit des biographies et des cultures à de simples notes de bas de page dans ses propres récits de succès. En écrivant pourtant Things Fall Apart, Achebe érige un véritable monument à Okonkwo et relègue le commissaire au rang de note de bas de page. Voilà le pouvoir de la littérature : elle rend aux peuples colonisés la maîtrise du récit sur leur propre histoire.

4. L’espace germanophone : lire le racisme devant sa propre porte

Dans l’espace germanophone (Allemagne, Autriche, Suisse), un réflexe de défense courant consiste à considérer le racisme comme un problème principalement américain ou lié aux anciens grands empires coloniaux comme la Grande-Bretagne ou la France. On rappelle que l’Allemagne a perdu ses colonies dès 1919 et que la Suisse n’a jamais été une puissance coloniale officielle. Ainsi, le racisme du quotidien est présenté comme un phénomène importé.

La littérature afrodiasporique contemporaine en allemand démolit cette illusion de manière radicale. Elle montre que le racisme est une réalité profondément enracinée au cœur même de Berlin, de Vienne ou de Zurich, dans les structures sociales, universitaires et médiatiques.

Un jalon important de cette auto-réflexion littéraire est le roman « Identitti » de Mithu Sanyal.

Recommandation de lecture

Mithu Sanyal – « Identitti »

Contenu

Le roman se déroule dans le milieu universitaire allemand et tourne autour du scandale d’une professeure de études postcoloniales qui se présente comme personne racisée, mais qui est finalement démasquée comme femme blanche. Sanyal utilise ce scénario pour une réflexion à la fois incisive et divertissante sur les politiques identitaires, et met à nu la profondeur du racisme inconscient, aussi bien dans les milieux conservateurs que progressistes.

Pour le contexte suisse, les travaux et la poésie de voix comme Anna Stern ou la poétesse et militante Jovita dos Santos Pinto fournissent des impulsions essentielles. Ils montrent à quel point la Suisse est et a été marquée par les flux commerciaux coloniaux, par les théories raciales produites dans ses universités et par les bénéfices économiques tirés de systèmes d’exploitation globaux. La littérature participe à cette prise de conscience en donnant chair et voix à celles et ceux qui vivent ces héritages au quotidien.

Dans l’espace germanophone, une vague de nouvelles voix s’est affirmée ces dernières années, qui dissèque avec une précision chirurgicale le regard raciste ordinaire de la majorité. Parmi elles, il faut mentionner en particulier Sharon Dodua Otoo avec son roman « Adas Raum ».

Recommandation de lecture

Sharon Dodua Otoo – « Adas Raum »

Contenu

Otoo tisse les histoires de quatre femmes portant le nom d’Ada à travers les siècles et les continents – du Ghana du XVe siècle à Londres et au camp de Ravensbrück jusqu’au Berlin contemporain. Le roman montre que le racisme et l’oppression des femmes ne sont pas des événements isolés, mais des structures qui se répètent et se transforment dans le temps. Avec une grande liberté formelle, le livre rend sensible la continuité des discriminations et des privilèges. Vers le livre.

Lire ces œuvres en allemand nous enlève une excuse confortable : celle selon laquelle le racisme serait un problème de Mississippi ou de Londres. Cette littérature amène le débat directement dans nos cuisines, nos amphithéâtres et nos quartiers – à Cologne, Lausanne ou Zurich.

5. L’héritage francophone : la déchirure de l’identité

Lorsque nous tournons notre regard vers l’espace francophone – marqué par l’histoire coloniale française en Afrique du Nord, de l’Ouest et du Centre ainsi que dans les Caraïbes –, un thème central du racisme du quotidien apparaît avec une force particulière : celui de la dépossession et de la déchirure de l’identité.

Un roman qui a rendu ce vécu de la « double non-appartenance » visible dans le monde entier est le premier livre du musicien et auteur franco-burundais Gaël Faye : « Petit pays ».

Recommandation de lecture

Gaël Faye – « Petit pays »

Contenu

Ce roman largement autobiographique raconte l’histoire de Gaby, qui grandit au Burundi, fils d’un père français et d’une mère rwandaise. Son enfance apparemment insouciante dans un quartier privilégié se trouve brutalement rompue par la guerre civile et le génocide dans la région. Après la fuite vers la France, Gaby fait l’expérience de l’exil, pris entre les assignations identitaires des autres et une patrie perdue. Vers le livre.

Par une langue à la fois poétique et d’une grande clarté, Gaël Faye parvient à inscrire le sentiment de déracinement directement dans le cœur du lecteur. En lisant Petit pays, on comprend le « coup d’aiguille » raciste que représente la question incessante « Tu viens d’où, toi ? » à un niveau entièrement nouveau. On saisit que la « provenance » n’est pas une simple indication géographique, mais une blessure, une nostalgie, un tissu complexe de souvenirs qui est brutalement simplifié par des étiquettes au quotidien.

La littérature francophone postcoloniale met ainsi en lumière une identité en suspension : trop « étrangère » pour être pleinement acceptée dans l’ancienne métropole, trop « occidentalisée » pour être perçue comme « authentique » dans le pays d’origine. Lire ces récits, c’est reconnaître que le racisme du quotidien ne se limite pas aux insultes ouvertes, mais se niche dans les questions apparemment innocentes, les catégories administratives et les curiosités mal placées.

6. Réduire son propre angle mort : un guide pour une lecture réfléchie

Lire de la littérature afrodiasporique n’est pas un acte de consommation passive. C’est un processus actif de décolonisation de soi, qui commence dans l’esprit et dans la manière dont nous lisons et interprétons ce que nous rencontrons. Si tu lis ces livres en tant que personne qui n’a pas directement vécu le racisme, il ne suffit pas d’être simplement bien divertie ou de ressentir, à la fin, une agréable impression de supériorité morale parce que tu as lu un « livre diversifié ».

Pour réduire efficacement ton angle mort, tu peux t’appuyer sur quatre questions de réflexion critiques pendant la lecture :

1. Question : Avec qui est-ce que je m’identifie spontanément ?

Observe la façon dont ton esprit réagit au fil des pages. Dans un roman comme Adas Raum, lorsque des personnages blancs apparaissent et soutiennent des structures coloniales ou racistes : te surprends-tu à chercher des excuses pour leur comportement ? Tentes-tu de rationaliser leurs actes parce qu’ils te semblent culturellement plus proches ? Force-toi à accepter le point de vue du personnage noir ou marginalisé comme centre de gravité du récit.

2. Question : Est-ce que je lis l’histoire comme « exotique » ou comme universellement humaine ?

Lorsque tu lis des scènes situées à Lagos, Bujumbura ou dans un quartier populaire de Paris, les abordes-tu avec le regard du touriste en quête de folklore, d’épices et de rituels étranges ? Ou les lis-tu comme des récits de réalités humaines fondamentales – famille, amour, ambition, trahison, perte ? Essaie de déposer le regard exotisant et de reconnaître l’universel dans le particulier.

3. Question : Quelles émotions provoque en moi la confrontation avec mes privilèges ?

Quand des autrices comme Chimamanda Ngozi Adichie ou Mithu Sanyal dévoilent les comportements de personnes blanches bien intentionnées comme des expressions de racisme ordinaire, ressens-tu une résistance intérieure ? Devient-tu défensive ? Penses-tu : « Ce que fait le personnage blanc n’est quand même pas si grave » ? Utilise cette résistance comme boussole : là où la lecture devient inconfortable, se trouve souvent ton angle mort. Le livre a touché un point sensible – reste dans ce malaise plutôt que de fermer le livre.

4. Question : À quoi ressemble ma liste de lecture dans son ensemble ?

Fais un inventaire honnête de ton étagère. Quel pourcentage de tes livres est écrit par des auteur·e·s noir·e·s, autochtones ou migrant·e·s ? Si ce pourcentage est inférieur à dix pour cent, ta bibliothèque littéraire est aussi étroite que la bibliothèque imaginaire décrite au début de l’essai. Ne te contente pas de cocher une case avec un seul titre « divers » ; transforme progressivement ta bibliothèque en un espace où se reflète la pluralité des histoires humaines.

Conclusion : la bibliothèque de demain

Cette série de cinq essais nous a menés des fissures les plus fines du quotidien – les regards dans le tram, les questions malhabiles dans les soirées – jusqu’aux pages de la littérature mondiale en passant par la pratique de la résistance et de la résilience. Nous avons vu que le racisme ordinaire n’est pas un problème isolé, cantonné à des marges extrémistes, mais un système d’exploitation culturel, un « logiciel » qui tourne silencieusement en arrière-plan.

Un tel système ne disparaît pas avec des déclarations de principe ou une politesse superficielle. Il exige une reprogrammation profonde de notre esprit et de notre empathie. Cette reprogrammation se fait rarement par des discours imposés, beaucoup plus souvent par des histoires qui nous touchent, nous bousculent et nous obligent à regarder le monde autrement.

La littérature est l’outil le plus puissant dont nous disposons pour cette transformation intérieure. Un livre ne coûte pas cher, ne demande aucune adhésion à un parti politique, aucun diplôme en sociologie. Il requiert seulement la volonté de prendre du temps, d’ouvrir les yeux et d’écouter sans condition une voix autre que la nôtre.

Lorsque nous ouvrons les pages d’auteur·e·s afrodiasporiques et africain·e·s, nous ne le faisons ni par devoir, ni par vanité, ni pour gagner des points sur une liste imaginaire de « tolérance ». Nous le faisons parce que, sans ces voix, nous sommes incomplets. Notre empathie se dessèche tant que nous ne chantons que les chansons de notre propre groupe.

En utilisant le livre à la fois comme miroir et comme fenêtre, nous décolonisons notre capacité à ressentir. Nous apprenons à voir là où nous étions aveugles. Nous apprenons à entendre là où nous étions sourds. Et la prochaine fois que nous monterons dans un tram, que nous nous assiérons au bureau ou à la table familiale, nous le ferons avec un regard plus aiguisé, un cœur plus ouvert et la conscience profonde que le monde est infiniment plus vaste, complexe et beau que le petit coin du globe d’où nous venons par hasard. Commençons à lire.

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Foire aux questions (FAQ)
Qu’est-ce que la littérature afrodiasporique ? +
La littérature afrodiasporique regroupe les œuvres d’autrices et d’auteurs d’origine africaine vivant hors du continent africain ou écrivant sur la diaspora, la migration, l’identité, le racisme et l’appartenance.
Pourquoi la littérature afrodiasporique est-elle importante ? +
La littérature afrodiasporique élargit notre regard sur le monde, développe l’empathie, rend visibles des perspectives marginalisées et aide à mieux comprendre les héritages coloniaux et le racisme ordinaire.
Comment la littérature crée-t-elle de l’empathie ? +
La littérature crée de l’empathie en permettant aux lectrices et lecteurs d’entrer dans l’intériorité d’autres personnes. Les récits agissent comme des fenêtres ouvertes sur d’autres vécus et rendent sensibles les expériences d’exclusion, d’appartenance et de privilège.
Que signifie le concept de miroir et de fenêtre dans les livres ? +
Ce concept présente les livres comme des miroirs, dans lesquels les personnes peuvent reconnaître leur propre réalité, et comme des fenêtres, à travers lesquelles elles découvrent d’autres perspectives. La diversité dans les livres est donc essentielle pour la représentation, l’estime de soi et la compréhension sociale.
Quel rôle joue la littérature afrodiasporique dans la lutte contre le racisme ordinaire ? +
Elle aide à rendre visibles les préjugés inconscients, à questionner les points de vue privilégiés et à comprendre les expériences des personnes concernées depuis leur perspective intérieure.
Quels livres permettent de découvrir la littérature afrodiasporique ? +
Pour commencer, on peut lire par exemple Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie, Things Fall Apart de Chinua Achebe, Adas Raum de Sharon Dodua Otoo, Identitti de Mithu Sanyal et Petit Pays de Gaël Faye.
Pourquoi lire de la littérature afrodiasporique aussi en Suisse ? +
En Suisse aussi, les héritages coloniaux, les exclusions culturelles et le racisme ordinaire influencent la société. La littérature afrodiasporique permet de mieux percevoir ces réalités dans son propre contexte.
Comment diversifier sa liste de lecture ? +
Commencez par choisir plus consciemment des livres écrits par des autrices et auteurs noirs, africains, afrodiasporiques et migrants. Une bibliothèque plus diverse ouvre le regard et réduit les angles morts.

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