Wakahare, le trickster rusé
Kenya
Wakahare est un de ces personnages qui vous font rire au premier abord – et ce n'est qu'au second regard que vous réalisez à quel point l'histoire recèle une critique sociale.
Wakahare, le trickster rusé – Un conte animalier du Kenya
Origine
Ce récit nous vient des Kikuyu, un important groupe ethnique du Kenya. Dans leur tradition orale, le personnage de Wakahare – tantôt un lièvre, tantôt un petit rongeur ressemblant à un écureuil – est présenté comme un filou. De tels personnages sont fréquents dans de nombreuses cultures africaines et servent non seulement au divertissement, mais aussi à une subtile critique sociale.
Thème
Le récit met en scène l’intelligence, la survie par la ruse et la manière de composer avec les rapports de force. Wakahare se sert de son esprit plutôt que de sa force pour s’imposer dans un monde dominé par des personnages plus puissants que lui – lions, éléphants et autres autorités.
La fable
Un jour, les animaux décidèrent d’organiser un grand festin collectif. Chacun devait apporter quelque chose : le lion amena de la viande, l’éléphant des fruits, la gazelle des légumes. Wakahare, le petit lièvre, promit de ramasser le bois de feu.
Mais au lieu de travailler, il s’allongea à l’ombre et attendit que les autres aient tout préparé. Quand les plats commencèrent à mijoter et à embaumer, Wakahare se faufila près des marmites, goûta ici et là – et finit par manger bien plus que sa part.
Lorsque les animaux le surprirent, il se mit aussitôt à protester : « Comment osez-vous m’accuser ? C’est moi qui ai ramassé le bois ! Regardez : il y a encore des copeaux sur mon dos ! » Et en effet, quelques morceaux de bois collaient à sa fourrure après sa sieste sur le sol de la forêt.
Les animaux s’excusèrent alors et le crurent. Au lieu de le blâmer, ils se mirent à gronder le fourmilier, qu’ils accusèrent d’avoir brûlé le bois sans l’apporter. Pendant qu’ils se disputaient, Wakahare rentra chez lui le ventre plein, avec un sourire malicieux.
Morale de l’histoire
La ruse peut vaincre la force, mais elle révèle aussi les faiblesses de la communauté : les animaux préfèrent croire une explication commode plutôt que de se fier à leurs propres yeux. Là où l’autorité est acceptée sans esprit critique et où l’on se dérobe rapidement à ses responsabilités, le fourbe triomphe.
Contexte de l’histoire
Dans la tradition narrative kikuyu, Wakahare représente celles et ceux qui doivent survivre malgré leur position de faiblesse : les pauvres face aux riches, les subalternes face aux puissants, les enfants face aux adultes. Son humour parodie l’ordre établi. Le rire partagé autour de ses tromperies devient ainsi un acte silencieux de résistance, un rappel que l’intelligence et l’humour sont aussi des outils de liberté, au même titre que la force ou le pouvoir.
Liens complémentaires
Cette fable fait partie de notre série « Humour et sagesse africains », dans laquelle nous présentons des contes classiques et des histoires provenant de diverses régions d'Afrique moins connues en Suisse.
- Kenya – Savane, cultures et rêves de safari
- Le singe et le crocodile (Tanzanie, swahili)
- Kenya : un pays de culture vivante et de beauté sans fin
- Ngũgĩ wa Thiong’o : voix de l’Afrique et défenseur de l’identité culturelle
- Fable Kamba: Le rhinocéros et le lièvre rusé | Un conte animalier kamba du Kenya
L’humour africain, c’est…
- moins moqueur que sage
- moins dirigé contre les autres que tourné vers soi-même
- pas seulement drôle, mais aussi porteur d’enseignement
Il combine rire, philosophie et morale – le rire devient connaissance.
L’humour africain enseigne toujours à double niveau : 👉🏽 Il nous fait rire – et réfléchir. Même le plus petit personnage peut transmettre la plus grande leçon.
L’humour africain montre que même les animaux, les dieux et les rois ne sont pas à l’abri d’eux-mêmes – et c’est précisément là que réside sa force : il désarme par le rire, non par la moquerie.













