Les malines aventures de Tsuro, le lièvre
Contes shona du Zimbabwe
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Les contes shona, appelés ngano en chiShona, font partie des trésors culturels les plus importants du Zimbabwe. Ils se racontent traditionnellement le soir en famille, accompagnés de chants, de rythmes et de questions aux auditeurs. Dans beaucoup de ces histoires, les héros sont des animaux – et l’un d’eux revient sans cesse : Tsuro, le lièvre.
Tsuro est petit, rapide et surtout : très malin. Dans les ngano, il trompe des animaux plus grands et plus forts que lui et montre que l’intelligence, la créativité et l’humour comptent souvent plus que la force brute. Pour les enfants (et les adultes) de la communauté shona, ces récits sont bien plus qu’un divertissement : ils transmettent des valeurs, des leçons de vie et une identité culturelle.
Ces histoires font entrer les traditions orales africaines dans l'espace enfants et rendent la sagesse, la communauté et la justice tangibles de manière ludique.
Qui est Tsuro ?
Dans les contes shona, Tsuro est bien plus qu’un simple lièvre mignon du bush. C’est une figure symbolique – comparable à Anansi l’araignée dans les récits ouest-africains.
Les caractéristiques typiques de Tsuro :
- Il est rusé et toujours prêt à jouer un tour.
- Il est physiquement faible, mais compense par son imagination et ses idées astucieuses.
- Il aime se rebeller contre les autorités et les « règles », souvent avec un clin d’œil.
- Ses ruses le mettent parfois lui-même dans des situations difficiles – dont il tire des leçons (ou pas).
Pour les enfants, Tsuro est une figure d’identification : petit, apparemment sans pouvoir, mais tout de même capable de relever de grands défis. Ainsi, les histoires montrent de manière ludique que l’intelligence, le courage et la créativité ouvrent des chemins, même lorsqu’on ne fait pas partie des plus forts et des plus puissants.
Ngano : bien plus que de simples histoires
Les ngano se transmettent traditionnellement de manière orale au Zimbabwe. Une scène typique de narration se déroule ainsi : le soir, enfants et adultes sont assis en cercle, une personne plus âgée – le ou la Sarungano, le/la conteur·se – commence avec une formule d’ouverture connue, et les auditeurs répondent en chœur. On y trouve souvent :
- des chants responsoriaux (call-and-response)
- de courtes rimes et formules
- de petites répartitions de rôles (« Que ferais-tu si tu étais Tsuro ? »)
Les enfants y apprennent :
- la langue chiShona et ses expressions idiomatiques
- des normes culturelles comme le respect, la solidarité, l’hospitalité
- la manière de gérer les conflits, la jalousie, l’injustice et la vie en communauté
Les histoires de Tsuro appartiennent à la catégorie ngano dzemhuka – des contes d’animaux où ceux-ci parlent, ressentent et agissent comme des humains. Elles sont idéales pour aborder des thèmes complexes avec les enfants, de manière indirecte et accessible.
Nous racontons l'une de ces histoires en détail dans « Tsuro et Gudo se partagent le champ | Zimbabwe ».
Tsuro face aux puissants : quand le petit déjoue les grands
Dans de nombreux contes shona, Tsuro se retrouve face à de grands animaux : le lion (Shumba), l’éléphant (Nzou), le babouin (Gudo), la hyène (Bere) ou le chien (Mbwa). Il est très souvent question de pouvoir, d’inégalités et de justice.
Motifs typiques :
- Tsuro et Gudo (le lièvre et le babouin) :
Les deux partent ensemble récolter des fruits ou d’autres trésors. Gudo compte sur sa force, Tsuro sur son intelligence. Souvent, c’est Tsuro qui rentre à la maison avec le meilleur butin – parfois parce qu’il profite de Gudo, parfois parce qu’il l’empêche de se nuire à lui-même. - Tsuro et les autres animaux au point d’eau :
Tsuro refuse de participer à une tâche collective (par exemple, creuser un puits), mais veut tout de même boire de l’eau plus tard. Il use de ruses pour accéder en secret à l’eau. La morale : qui ne contribue pas à la communauté met l’équilibre en danger – et au final, ses propres ruses peuvent se retourner contre lui.
Ces récits reflètent des expériences du quotidien : hiérarchies au village, questions de justice, tentation de tirer des avantages personnels – et responsabilité vis-à-vis de la communauté.
Ce que les enfants apprennent avec les histoires de Tsuro
Pour les éducateurs, les parents et les personnes qui travaillent avec des enfants, les contes populaires de Tsuro sont un outil idéal pour parler de valeurs sans paraître moralisateurs.
Les contes de Tsuro sont parfaits pour parler de valeurs avec les enfants. Parmi les messages centraux :
- L’intelligence prime sur la force brute:
Les enfants découvrent que la réflexion, l’observation et la créativité sont de véritables superpouvoirs. - Les ruses ont des conséquences:
Tsuro gagne souvent – mais pas toujours. Lorsque ses tours vont trop loin, il est démasqué ou doit payer le prix de son égoïsme. Cela montre que la malice doit aller de pair avec l’équité. - Les petits peuvent accomplir de grandes choses:
Dans des communautés où les enfants doivent souvent beaucoup de respect aux adultes et aux autorités, Tsuro est une figure qui donne du courage : même les « petits » ont une voix et des possibilités. - Communauté et solidarité:
Dans de nombreuses histoires, Tsuro doit choisir : ne penser qu’à lui – ou agir pour le bien de tous. Cela ouvre la porte à des discussions sur la famille, le village et la société d’aujourd’hui.
Tsuro dans le contexte moderne : du feu de camp à la chambre d’enfant
Aujourd’hui, les contes shona ne se transmettent plus seulement à l’oral, mais aussi :
- sous forme de livres pour enfants
- comme albums illustrés
- dans les écoles et les bibliothèques au Zimbabwe et dans la diaspora
- sous forme d’histoires audio ou vidéo
Pour les familles de la diaspora africaine et pour toutes celles et ceux qui souhaitent découvrir des perspectives africaines, les récits de Tsuro sont une merveilleuse porte d’entrée dans l’univers de la culture shona. Ils créent un pont entre la tradition orale et des formats modernes comme les soirées lecture, les livres audio ou les vidéos animées.
Ce qui est particulièrement intéressant, c’est le caractère universel de ces thèmes : un petit lièvre rusé qui déjoue des plus grands – cela touche les enfants à Harare aussi bien qu’à Zurich ou Bern.
Quiconque recherche des contes de fées africains pour enfants ou des livres authentiques pour enfants africains trouvera dans les histoires de Tsuro une introduction parfaite au monde des Shona.
Idées pour utiliser les histoires de Tsuro avec des enfants
Si tu souhaites intégrer les contes de Tsuro et d’autres ngano shona dans ton quotidien ou ton enseignement, tu peux par exemple :
- instaurer une « soirée ngano » : une fois par semaine, raconter une histoire à la lumière des bougies, avec un appel d’ouverture fixe et une réponse des enfants
- interroger les enfants après l’histoire : « Qu’est-ce qui était malin chez Tsuro ? Qu’est-ce qui était injuste ? »
- jouer les rôles, par exemple Tsuro, Gudo, Shumba – avec de simples costumes ou des marionnettes
- laisser les enfants inventer leurs propres fins : « Que se serait-il passé si Tsuro avait été honnête ? »
- comparer les histoires de Tsuro avec d’autres figures de trickster (par exemple Anansi)
De cette manière, tu ouvres des espaces de discussion sur la morale, la responsabilité, la créativité – tout en gardant le plaisir d’écouter des histoires au centre.













