Tsuro et Gudo partagent le champ
Zimbabwe
Une fable du Zimbabwe sur la cupidité, la naïveté et la ruse paysanne.
Origine
Cette fable provient du Zimbabwe et appartient à la tradition orale des Shona, l’un des plus grands groupes ethniques du pays. Les histoires de Tsuro (le lièvre) et de Gudo (le babouin) comptent parmi les récits animaliers les plus connus d’Afrique australe. Tsuro représente souvent la ruse et l’intelligence pratique, tandis que Gudo incarne la force brute et la crédulité.
Thème
Le récit traite de la cupidité, de la naïveté et de la malice intelligente. Il montre que celui qui se fie uniquement à sa force ou à son avidité finit souvent perdant – tandis que celui qui réfléchit et observe gagne la partie.
La fable
Un jour, Tsuro, le lièvre malin, et Gudo, le babouin puissant, décidèrent de cultiver ensemble un champ. Ils voulaient y planter du manioc et du maïs pour avoir assez de nourriture durant les prochains mois.
Une fois le champ labouré, Tsuro demanda à son compagnon : « Comment souhaites-tu partager la récolte ? Veux-tu les parties au-dessus du sol, ou celles au-dessous ? »
Gudo, convaincu que les grandes feuilles vertes étaient la meilleure part, choisit sans réfléchir les parties aériennes. Tsuro se contenta d’acquiescer avec un sourire.
Lorsque le manioc fut mûr, Tsuro arracha les grosses racines du sol et les emporta chez lui – tandis que Gudo ne put récolter que des feuilles desséchées. Furieux, le babouin protesta, mais Tsuro proposa de réessayer l’année suivante, pour un partage plus équitable.
L’année suivante arriva. Gudo, se souvenant de sa mésaventure, déclara fièrement : « Cette fois, je prends les racines ! Les parties au-dessus du sol seront pour toi ! »
Tsuro accepta avec plaisir – et planta du maïs à la place du manioc. Lorsque le maïs fut mûr, il coupa les beaux épis dorés et laissa à Gudo seulement les vieilles racines sèches plantées dans la terre.
Alors Gudo comprit qu’il s’était encore fait duper. Fou de rage, il poursuivit Tsuro à travers le champ, mais le lièvre rapide s’enfuit en riant dans la brousse.
Morale de l’histoire
La fable enseigne que la cupidité et l’imprudence mènent à la perte, tandis que la réflexion et la sagesse conduisent au succès. Celui qui ne pense qu’à un profit immédiat ou croit que la force suffit finit souvent piégé par plus rusé que lui.
Contexte de l’histoire
Dans la tradition narrative zimbabwéenne, Tsuro et Gudo représentent deux types de caractères opposés dans la société :
- Tsuro (lièvre) symbolise le paysan qui survit grâce à son intelligence, malgré des moyens limités.
- Gudo (babouin) représente ceux qui détiennent le pouvoir, mais ne savent pas maîtriser leur avidité et leur orgueil.
Ces fables sont souvent racontées au coin du feu pour enseigner aux enfants des leçons de vie et des valeurs sociales : humilité, prévoyance, coopération et discernement.
Aujourd’hui, l’histoire sert aussi de métaphore critique des injustices politiques et économiques – rappelant que la véritable force réside dans l’esprit, non dans le pouvoir.













