La poule et l’épervier
Fable des Dinka (Soudan du Sud)
Dans les traditions des peuples nilotiques, certaines histoires expliquent non seulement le monde naturel, mais aussi les règles invisibles qui gouvernent les relations humaines : dette, responsabilité et justice.
Une amitié brisée
Il y a très longtemps, la poule et l’épervier vivaient en bonne entente, partageant le même territoire et une confiance sans nuage. Amis proches, ils partageaient le même espace et se faisaient confiance.
Un jour, la poule demanda à l’épervier de lui prêter une aiguille précieuse, un objet rare et transmis de génération en génération. Elle voulait s’en servir pour coudre un habit de fête.
L’épervier accepta sans hésiter.
Mais la poule, distraite, perdit l’aiguille dans les hautes herbes.
Une dette impossible à effacer
Lorsque l’épervier revint réclamer son bien, la poule chercha partout. Elle gratta le sol, fouilla les herbes, retourna la poussière… en vain.
L’aiguille avait disparu.
Furieux d’avoir perdu un objet aussi précieux, l’épervier prononça une sentence sévère :
« Tant que tu ne me rendras pas mon aiguille, j’aurai le droit de prendre tes petits pour payer ta dette. »
Pourquoi les poules grattent le sol
Depuis ce jour, les poules ne cessent de picorer et de gratter la terre. Elles cherchent encore l’aiguille perdue, dans l’espoir de mettre fin à cette dette ancienne.
Et chaque fois qu’un épervier plane dans le ciel, il peut soudain fondre sur un poussin, comme pour rappeler que certaines dettes ne s’effacent pas simplement parce qu’on les a oubliées.
Une leçon de responsabilité
Cette fable des Dinka illustre, avec simplicité et force, une réalité universelle : les actes ont des conséquences qui peuvent traverser le temps et toucher des personnes qui n’ont rien fait.
La poule ne voulait pas faire de mal, mais son manque de soin met en danger ses poussins. Le récit rappelle que la responsabilité individuelle n’est jamais totalement isolée : nos oublis, nos négligences et nos promesses brisées engagent aussi ceux qui dépendent de nous.
Dans les sociétés traditionnelles comme dans le monde moderne, la question demeure : comment réparer ce qui a été perdu – et auprès de qui ?
Clé de lecture
Cette fable ne parle pas seulement d’une aiguille perdue. Elle montre comment une faute individuelle, même involontaire, peut engager durablement une relation et toucher une communauté entière.
La dette de la poule ne disparaît pas parce qu’elle a oublié. Elle devient au contraire un pacte douloureux, dont les poussins paient le prix. Le récit invite à réfléchir à nos engagements et à la façon dont nous assumons ce qui nous lie aux autres.
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