Le chien et la course de la tortue
L’origine de la mort
Origine : conte traditionnel igbo
Thème : l’origine de la mort, la responsabilité et les conséquences de la distraction. Le récit oppose la lenteur persévérante de la tortue à la rapidité du chien, qui se laisse détourner de sa mission.
Dans un temps très ancien, les humains ne connaissaient pas la mort. Ils vivaient sans craindre de voir leurs proches disparaître et ne se demandaient pas combien de temps durerait leur existence. La vie leur avait été donnée pour durer toujours.
Un jour, Chukwu, le Créateur, décida d’envoyer un message aux hommes. Il appela le chien et lui confia une mission importante : courir jusqu’au village et annoncer que les humains seraient immortels. Le chien devait transmettre ces paroles sans attendre, car elles concernaient l’avenir de toute l’humanité.
Peu après, Chukwu envoya également la tortue. Elle devait porter un message contraire : désormais, les humains devraient mourir. La tortue était lente, et chacun savait qu’elle ne pouvait rivaliser avec le chien à la course. Pourtant, elle reçut elle aussi l’ordre de se rendre auprès des hommes et de leur transmettre la parole du Créateur.
Le chien partit le premier. Ses longues pattes lui permettaient d’avancer rapidement sur les chemins. Il se disait qu’il arriverait sans peine avant la tortue. La mission semblait simple : courir droit au village, répéter le message de Chukwu, puis rentrer chez lui.
Mais, en chemin, une odeur alléchante attira son attention. Un repas était posé non loin de la route. Le chien s’arrêta pour manger. « J’ai le temps », pensa-t-il. « La tortue avance si lentement qu’elle ne pourra jamais me dépasser. » Lorsqu’il eut fini, il reprit la route, sans se presser.
Un peu plus loin, une autre distraction le détourna de son chemin. Le chien s’arrêta de nouveau. Peut-être voulait-il se reposer, peut-être cherchait-il encore quelque chose à grignoter. Quoi qu’il en soit, il oublia peu à peu l’urgence de sa mission. Il avait été choisi pour porter une nouvelle décisive, mais il se comportait comme si rien ne pressait.
Pendant ce temps, la tortue avançait. Elle ne courait pas et ne pouvait pas aller vite. Chaque pas lui demandait un effort, mais elle ne s’arrêtait pas. Elle ne se laissait distraire ni par la nourriture ni par les plaisirs rencontrés sur son chemin. Elle savait que sa mission était importante et qu’elle devait aller jusqu’au bout.
La tortue poursuivit sa route, pas après pas. Le chemin était long, et le village semblait encore loin. Pourtant, elle continua d’avancer avec patience. Là où le chien comptait sur sa rapidité et sur le temps qu’il croyait avoir devant lui, la tortue s’appuyait sur sa détermination.
Lorsqu’elle arriva enfin auprès des hommes, elle leur transmit le message de Chukwu : désormais, ils seraient mortels. Les humains apprirent ainsi que leur vie aurait une fin. La parole avait été entendue et acceptée.
Ce n’est qu’après plusieurs retards que le chien atteignit à son tour le village. Il annonça alors que les humains devaient vivre pour toujours. Mais son message arriva trop tard. La tortue avait déjà transmis la nouvelle qui allait déterminer le destin des hommes. Le chien avait beau rapporter la parole qu’il avait reçue, il ne pouvait effacer les conséquences de son retard.
Depuis ce jour, raconte cette fable igbo, les humains sont mortels. Et l’on se souvient encore de la course entre le chien et la tortue : l’un était rapide, mais distrait ; l’autre, lente, mais fidèle à sa mission.
La morale du conte
Le chien avait toutes les chances d’arriver le premier. Sa vitesse aurait dû lui permettre de transmettre le message avant la tortue. Mais il a cru pouvoir remettre sa tâche à plus tard. En s’arrêtant pour manger et en se laissant distraire, il a perdu l’avantage que lui donnait sa rapidité.
La tortue, au contraire, a avancé lentement, mais sans abandonner son objectif. Ce conte rappelle que la réussite ne dépend pas toujours de la vitesse. La patience, la régularité et le sérieux peuvent l’emporter lorsque l’on reste concentré sur ce que l’on doit accomplir.
Un récit sur la responsabilité
Cette histoire ne parle pas seulement d’une course. Elle montre aussi le poids d’une responsabilité : le chien et la tortue avaient tous deux reçu un message à transmettre, mais un seul d’entre eux a accompli sa mission sans se détourner de son chemin. Le retard du chien n’a pas affecté uniquement sa propre vie ; il a changé le sort de tous les humains.
La fable invite ainsi à réfléchir aux conséquences de nos choix. Une petite pause peut sembler sans importance, surtout lorsque l’on pense avoir beaucoup de temps. Mais, lorsqu’une tâche est urgente ou essentielle, chaque détour peut compter. Comme la tortue, mieux vaut parfois avancer lentement, mais garder le cap.
Conte inspiré d’un récit igbo sur l’origine de la mort.















