« Au sage, on parle par proverbes. » (Proverbe akan)

Vom Wert der Kühle | Die Geschichte des Mannes, der den Schatten verkaufte

La valeur de la fraîcheur

L’histoire de l’homme qui vendait l’ombre

Quiconque s’est déjà rendu en avril ou en mai à Bamako, Ouagadougou ou Dakar le sait : ici, la chaleur n’est pas qu’une simple donnée météorologique. C’est un état qui conditionne tout. Lorsque le thermomètre frôle impitoyablement les 45 degrés en journée, que l’asphalte ondule et que même les nuits tropicales n’apportent aucun répit, une chose devient plus précieuse que l’or sur les marchés animés : l’ombre.

En Afrique de l’Ouest, on dit que la chaleur stimule la créativité – et parfois aussi l’audace. C’est précisément ce que raconte un ancien conte malicieux (conte) issu de la tradition orale de la région. C’est l’histoire d’un marchand qui tenta de tirer profit de l’invendable.

Un commerce ingénieux sur le marché brûlant

L’histoire nous conduit sur une place de marché poussiéreuse, quelque part dans la zone sahélienne. Le soleil est au zénith, l’air est immobile. Les commerçants transpirent sous leurs bâches, et les clients aspirent à un peu de soulagement. À la lisière de ce marché se dresse un baobab majestueux et ancestral. C’est le seul endroit offrant une ombre profonde, sombre et rafraîchissante.

Un voyageur épuisé, marqué par la chaleur insupportable du jour, se traîne jusqu’à cet arbre et s’assoit avec soulagement à l’ombre.

Mais à peine a-t-il repris son souffle que le propriétaire du terrain voisin apparaît devant lui. Un homme malin, au sens aigu des affaires.

« Halte ! » crie le marchand. « Se reposer ici n’est pas gratuit. Cet arbre m’appartient – et donc aussi l’ombre premium qu’il projette. Si tu veux t’asseoir ici, tu dois payer ! »

Le voyageur, trop fatigué et accablé par la chaleur pour discuter, sort quelques pièces de sa poche, paie et ferme les yeux. Le marchand se frotte les mains en souriant. Il vient de conclure l’affaire parfaite : gagner de l’argent avec quelque chose qui ne lui a rien coûté.

Quand l’ombre se déplace

Mais le marchand a oublié de compter avec la nature. Les heures passent et, comme il se doit dans l’univers, le soleil se déplace – et avec lui l’ombre.

L’ombre du baobab s’éloigne lentement de la place du marché, glisse au-delà de la clôture et finit par s’étendre en plein milieu de la cour privée du marchand. Le voyageur, qui a payé pour cette ombre, rassemble tranquillement ses affaires, suit la fraîcheur et s’installe au cœur de la cour du marchand.

« Que fais-tu dans ma cour ? Va-t’en ! » s’emporte le marchand.

Le voyageur reste calme : « J’ai acheté ton ombre. Là où va l’ombre, j’y vais aussi. »

Ce qui devait arriver arriva : l’ombre continue sa course, s’étend sur la véranda, pénètre dans la maison et finit par couvrir la table familiale. Le voyageur la suit pas à pas. Il bloque les portes, s’assoit à côté de l’épouse du marchand en train de cuisiner et revendique chaque centimètre de fraîcheur que le vent fait circuler dans la maison. Lorsqu’une rafale de vent soulève la poussière et fait vaciller l’ombre, le voyageur se permet même de se plaindre avec humour de la « mauvaise qualité » du bien qu’il a acheté.

La morale de l’histoire

Le marchand devient presque fou. Sa famille se plaint, sa maison est envahie, et l’acheteur obstiné de l’ombre ne le quitte pas. Finalement, désespéré, le marchand s’adresse au juge du marché et aux anciens du village pour se débarrasser de cet hôte encombrant.

Le juge écoute les deux parties, lève les yeux vers le ciel bleu éclatant et brûlant, puis sourit. Son verdict est bref et plein de sagesse :

« On ne peut posséder l’ombre, car elle n’appartient pas à l’arbre, mais au soleil. Celui qui tente de vendre les dons de la nature doit accepter qu’ils ne peuvent être enfermés. »

Le marchand dut rembourser le voyageur pour retrouver enfin la paix chez lui.

Pourquoi ces histoires restent essentielles aujourd’hui

Ce récit traditionnel illustre parfaitement l’humour typique de l’Afrique de l’Ouest. Il tourne en dérision l’avidité humaine et le capitalisme, en s’appuyant sur la réalité la plus intense du quotidien local : le soleil implacable. Il nous rappelle que les meilleures histoires sont souvent celles que la vie – et la météo – écrivent elles-mêmes.

La prochaine fois que tu chercheras un coin d’ombre en été, pense au marchand et au voyageur. Et profite de la fraîcheur tant qu’elle est là – car elle continuera inévitablement son chemin.

Liens complémentaires

La chaleur n’est pas seulement un sujet au Mali, au Burkina Faso et au Sénégal :

Retour au blog